Le Congrès de Berlin



HISTOIRE GENERALE


LAVIS, ERNEST (1842—1922) et RAMBAUD, ALFRED (1842 — 1905).

Historiens français de l'école libérale bourgeoise. Après 1880 tous les deux sont professeurs à la Sorbonne, le premier — d'Histoire du Moyen Age et le second — d'Histoire des temps modernes.
E. Lavis et A. Rambaud acquirent une renommée mondiale, surtout par l'édition, organisée par eux de 1893 à 1901, de l'énorme ouvrage que constitue l'„Histoire Générale du IVe siècle à nos jours", paru en 12 volumes» et traduit dans les principales langues.
Le présent extrait est emprunté au tome 12 de l'édition mentionnée: Le monde contemporain (1870—1900); le chapitre „La politique européenne jusqu'au traité de Berlin (1871 — 1878)". Ce chapitre est écrit par A. Malet, historien français de mérite, auteur d'un ouvrage remarquable, la «Nouvelle histoire universelle depuis l'antiquité à nos jours", t. I—IV, Paris, 1924.
L'extrait dont il s'agit, révèle bien la politique cupide des grandes puissances capitalistes qui, poursuivant leur buts antirusses au Congrès de Berlin, ont sacrifié les intérêts nationaux de la Bulgarie.



"..LE CONGRÈS DE BERLIN (JUIN-JUILLET 1878)
Le congrès s'ouvrit à Berlin le 13 juin 1878. Ses séances durèrent exactement un mois: l'acte final fut signé le 13 juillet. La présidence avait été déférée à Bismarck. Les représentants du tsar, Gortchakof et Schouva-lof, eurent l'amère surprise de ne plus trouver chez lui les bonnes dispositions qu'ils lui supposaient à l'égard de la Russie: rien qu'une froide et rigide impartialité, et jamais aucun appui, si ce n'est dans les questions qui intéressaient la Turquie seule, comme la question de l'indemnité de guérie. Les Turcs se déclaraient hors d'état de payer et de prendre aucun engagement financier; l'Angleterre les soutenait. Bismarck coupa court à la discussion: ?La Turquie n'a pas d'engagement à prendre, dit-il; l'engagement a été pris à San Stéfano." Mais il ne soutint pas Gortchakof, même lorsqu'à la fin des séances celui-ci demanda très sagement que le congrès déterminât les mesures à prendre pour assurer le cas échéant l'exécution de ses décisions. La proposition fut repoussée. On devait voir bientôt quelle faute avait été commise lorsqu'il s'agit de régler la question monténégrine et grecque. Tandis que les ministres anglais Disraeli et Salisbury se montraient âpres et agressifs envers la Russie, les plénipotentiaires russes firent presque constamment preuve de modération et d'un esprit conciliant. Sur un seul point on les trouva intransigeants: quand les délégués de la Roumanie, appuyés par les Anglais, vinrent protester contre la rétrocession de la Bessarabie, Gortchakof déclara que „la Russie ne saurait reculer devant cette question". En revanche, à la surprise générale, il se rallia à la motion des Anglais lorsque ceux-ci proposèrent l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine par l'Autriche-Hongrie.


STIPULATIONS DU TRAITÉ DE BERLIN
Les principales dispositions du traité de Berlin furent les suivantes:
La Grande Bulgarie du traité de San Stéfano fut partagée en trois tronçons. La partie macédonienne retomba simplement sous la tyrannie turque. Au sud des Balkans on constitua une Roumélie Orientale, province autonome, relevant du sultan, mais administrée par un gouverneur chrétien nommé par la Porte avec l'assentiment des puissances. Au nord des Balkans, la Bulgarie proprement dite formait une principauté vassale et tributaire du Sultan, dont le prince, élu par les Bulgares, ne pourrait appartenir à aucune des familles régnantes.
La Bosnie et l'Herzégovine demeurent partie intégrante de l'empire turc. Mais elles sont occupées et administrées par l'Autriche-Hongrie, qui peut en outre établir garnisons et créer des routes stratégiques et commerciales dans le sandjak de Novi-Bazar. Cette dernière clause a uniquement pour objet de couper toute communication entre les deux États serbes, entre Belgrade et Cettigné. Le Monténégro, la Serbie, la Roumanie étaient reconnues indépendantes, sont la réserve que l'égalité religieuse, civile et politique y serait établie. Le Monténégro recevait Antivari et son littoral: sa superficie était doublée ; mais la police du port et des côtes appartenait à l'Autriche, et le Monténégro ne pouvait construire ni route ni chemin de fer à travers son nouveau territoire sans s'être préalablement entendu avec l'Autriche.
La Serbie recevait le district de Nisch et Pirot. — La Roumanie rétrocédait à la Russie la Bessarabie et la rive gauche du Delta du Danube. A titre de compensation et d'agrandissement, elle recevait les îles du Delta, antérieurement attribuées à la Russie, et la Dobroutcha.
Quant à la Russie, elle rentrait en possession de la Bessarabie ; mais ses acquisitions en Asie se réduisaient à Kars, Ardahan, Batoum, ce dernier port devant être déclaré port franc et uniquement consacré au commerce.
La Grèce, en faveur de laquelle étaient intervenus les plénipotentiaires français, russes et anglais, eut la promesse d'une rectification de frontières en Thessalie et en Epire. Mais on lui laissait le soin de négocier directement avec la Porte, les puissances se bornant à promettre leur médiation pour faciliter l'entente. En ce qui concernait la Crète et les provinces chrétiennes, le sultan renouvelait les engagements pris à San Stéfano. La liberté religieu­se, l'égalité civile et politique étaient de nouveau promises à ses sujets par le sultan. Rien n'était modifié en ce qui concernait la question des Détroits dont le passage était toujours interdit aux vaisseaux de guerre. Le Danube' était neutralisé, et la Commission européenne était maintenue. Enfin un ar­ticle réservait expressément les droits acquis à la France et stipulait le maintien du statu quo aux Lieux Saints.
Telles étaient les dispositions principales du traité de Berlin: il en est peu dans l'histoire d'aussi étranges, d'aussi iniques. Deux puissances qui n'avaient pris ancune part à la guerre, et dont l'une, l'Angleterre, l'avait rendue inévitable par ses encouragements aux Turcs, en tiraient le plus clair bénéfice. L'Angleterre occupait Chypre et s'assurait ainsi un nouveau poste dans la Méditerranée; l'Autriche-Hongrie gagnait la Bosnie et l'Herzé­govine. Par là l'équilibre dans les Balkans s'est trouvé bouleversé. L'Au­triche y domine à l'ouest, comme il semblait que la Russie dût dominer à l'est avec la Bulgarie. Mais l'Autriche était désormais plus près de la Médi­terranée, même de Constantinople, que la Russie. Le peuple serbe, qui avait espéré se reconstituer en un seul corps de nation, se trouvait, contre son vœu légitime et sa volonté nettement exprimée en juillet 1876, divisé en trois groupes, entre lesquels l'Autriche se chargeait d'empêcher les commu­nications. On était allé de même contre la volonté d'un peuple en partageant la Bulgarie en trois tronçons. En replaçant la Macédoine sous la domination du sultan, l'Europe, poussée par l'Angleterre et l'Autriche, a commis un crime de lèse-humanité. A San Stéfano la Russie s'était préoccupée d'assurer l'émancipation de tous les chrétiens; à Berlin, on n'a pris souci ni de la justice, ni de la volonté des peuples, ni même du bon sens et de l'intérêt général. L'Acte final est un monument d'égoïsme, une œuvre de jalousies, de rancunes personnelles, immorale et misérable, parce que, loin d'assurer la paix, il a préparé de nombreux sujets de conflit et de guerres pour l'avenir. Question bulgare, question de Macédoine, question de Bosnie et d'Herzégovine, Alsace-Lorraine balkanique, voilà le bilan de la diplomatie européenne au congrès de Berlin.
Le traité de Berlin a eu son contre-coup dans la politique générale. La Russie, dupe de l'Allemagne,a songé dès lors à trouver ailleurs un appui: les déceptions de 1878 ont préparé le rapprochement franco-russe. Par contre, l'Autriche, grassement payée, encouragée dans sa «marche vers l'Est", devait se lier plus étroitement à l'Allemagne, et de la geurre d'Orient devait sortir l'alliance des deux empires..."

Louis Leger pour la Macédoine







LEGER, LOUIS (1843—1923).

Slavisant français, fondateur de la philologie slave en France, qui, le premier, a ouvert le monde slave à la connaissance de ses compatriotes. Il a fait un cours de littérature slave à l'Institut des Langues Orientales, à la Sorbonne et au Collège de France. Léger entretenait des relations avec les représentants des milieux bourgeois-nationaux dans les pays slaves et sympathisait aux mouvements de libération nationale des peuples slaves, les considérant comme alliés de la France dans sa lutte contre l'expansion de l'Allemagne, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.





Ses ouvrages plus connus sont :

Le monde slave. Voyages et littérature (1873);
La Save, le Danube et le Balkan.
Voyage chez les Slovènes, les Croates, les Serbes et les Bulgares (1884);
La Bulgarie (1885);
Serbes, Croates et Bulgares. Etudes historiques, politiques et littéraires (1913);
Le Panslavisme et l'intérêt français (1917);
Les anciennes civilisations slaves
(1921), etc.


Le texte que nous reproduisons constitue des extraits du livre de L. Léger : Le Panslavisme et l'intérêt français, Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1917, Chapitre I, Coup d'œil sur l'ensemble des peuples slaves.


* * *


“..Je reviens aux Bulgares. Ils ont pris rang parmi nos ennemis et nous n'avons aucune raison d'avoir pour eux une tendresse particulière. Mais le devoir des savants est avant tout de rechercher et de proclamer la vérité.
Les Bulgares se sont alliés aux Allemands et aux Austro-Hongrois dans l'idée de se venger des Serbes. Or, quel était le point de départ du conflit ? la question de la Macédoine. En laissant de côté les passions actuelles (La passion, a dit Montesquieu, fait sentir et jamais voir), examinons cette question au point de vue purement scientifique.
Voici ce que j'écrivais vers 1888 dans la Grande Encyclopédie, a une époque où l'on était loin de prévoir que le conflit franco-allemand aurait sa répercussion dans la Péninsule balkanique : „La Macédoine, disais-je, malgré les affirmations contraires des Grecs et des Serbes, est à peu près entièrement peuplée de Bulgares. Les prétentions des Grecs et des Serbes ne sauraient prévaloir contre les constatations précises des ethnographes indépendantes tels que Lejean, Kiepert, Rit-tich, Grigorovich, Hilferding, Mackenzie. En réalité, le mont Char (Char Dagh) indique la limite des nationalités bulgare et serbe... Les Slaves, macédoniens se considèrent comme Bulgares et parlent un dialecte bulgare.
Ce n'est qu'après le traité de Berlin, lorsque la Serbie s'est vu définitivement enlever la Bosnie et l'Herzégovine que certains de ses hommes d'État ont eu l'idée de chercher une compensation du côté de la Macédoine et de supposer des Serbes dans des pays peuplés de Bulgares." Voilà ce qu'écrivait en 1888, un savant français très slavophile, parfaitement impartial et désireux de voir s'établir sur les débris de l'empire ottoman une confédération balkanique.
Les lecteurs désireux de connaître tous les détails de la question qui nous occupe devront se référer au volume de M. Niederlé (pp. 211 et suivantes). Voici ce que ce savant écrivait dans l'édition tchèque publiée en 1909. (La première édition française est de 1911, la second de 1916):
„I1 est hors de doute que la partie la plus considérable du peuple de Macédoine se sent et se proclame bulgare, qu'elle se rattache à l'Église bulgare autocéphale dont le chef est l'exarque. Dans son ensemble et par certains détails, la langue se rapproche beaucoup plus du bulgare que du serbe. La solution naturelle, concluait M. Niederlé en 1909, est celle qui adjugerait la Vieille-Serbie aux Serbes et la Macédoine aux Bulgares. Les relations des deux peuples se trouveraient ainsi réglées et leur développement national assuré."
Quelles que soient actuellement les erreurs de la politique bulgare, menée par un prince étranger, il ne faut pas désespérer de les voir un jour réparées et de voir la Bulgarie rentrer dans le giron du monde slave régénéré.
Quand l'ardeur de la lutte sera refroidie, quand une paix honorable aura rendu aux parties la sécurité qui leur manque aujourd'hui, les ennemis d'hier feront bien de méditer les vers du grand poète panslave, du Slovaque Kollar. „Slaves, peuple à l'esprit anarchique, qui vivez dans la lutte et les déchirements, allez demander des leçons d'union aux charbons ardents.
„Tant qu'ils sont groupés dans un unique monceau, ils brûlent et chauffent; mais le charbon s'éteint solitaire quand il est séparé de son compagnon. Faites cette joie à votre mère la Slavie, Russes, Serbes, Tchèques, Polonais, vivez en bon accord.
„Alors, ni la guerre mangeuse d'hommes, ni les perfides ennemis ne pourront vous entamer, et votre peuple sera bientôt le premier du monde.
Kollar ne nomme pas les Bulgares dans ce sonnet écrit vers 1830. Ils n'étaient pas encore ressuscites. Mais les perfides ennemis du monde slave existent toujours; ils exploitent leurs divisions et les Bulgares regretteront quelque jour de s'être liés à eux...”

Gustav Schlumberger pour tzar Samuil





SCHLUMBERGER, GUSTAVE (1844—1929)
Célèbre byzantiniste français, qui a laissé environ 200 ouvrages et articles traitant des sujets de l'histoire politique et de la numismatique. L'une de ses monographies les plus connues est „L'épopée byzantine à la fin du Xe siècle", en trois volumes (1896 1900, 1905) dans laquelle il fait revivre avec une verve extraordinaire et une fidélité scrupuleuse, la lutte épique entre l'Empire byzantin et l'Etat bulgare, vers la fin du Xe s. et le début du XIe s. S'inclinant devant le génie politique et militaire de l'empereur Basile II, Schlumberger rend aussi hommage à son digne adversaire, le tsar bulgare Samuel, ainsi qu'aux qualités sans égales de ses chefs militaires.
Nous reproduisons ici deux extraits des chapitres I et VI du IIe volume, retraçant le début et la fin de cette lutte épique.
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"...Toute l'année 990 s'était encore écoulée à liquider les suites dernières des grandes rébellions des deux Bardas, à châtier, à pacifier leurs derniers alliés et partisans. Le basileus Basile, libre du côté de l'Asie, put enfin s'occuper activement à nouveau de la non moins grave question bulgare, de cette guerre cruelle qui menaçait de lui faire perde les thèmes d'Europe, comme ceux d'Anatolie avaient failli lui échapper dans ces dissensions à peine conjurées. Malgré cette rancune séculaire et nationale dont il avait hérité de ses glorieux ancêtres contre ce peuple insoumis, incommode, toujours prêt à reprendre la lutte contre les Grecs, le jeune basileus n'en mena pas moins cette guerre pénible entre toutes avec.une grande prudence et une résolution admirable. D'autre part, la résistance fut aussi héroïque, aussi acharnée que l'attaque fut opiniâtre, patiente, incessante. Il fallut à Basile II vingt-sept années encore de luttes presque ininterrompues, de 991 à 1018, presque toute la fin de son règne si long, pour arriver à terminer cette grande guerre bulgare commencée dès la mort de Jean Tzimiscès, inaugurée véritablement en 986 lors de la déroute de la Porte Trajane, et pour subjuguer définitivement cet immense et sauvage royaume du sauvage Samuel (1).
Ce fut la grande affaire du règne, celle qui procura enfin pour un très long temps le repos à toute la moitié européenne de l'empire en anéantissant entièrement cette monarchie si constamment, si irrémédiablement hostile. Cette sage lenteur ne doit pas nous étonner d'ailleurs, car elle était bien dans le génie byzantin. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire certains des conseils pleins d'une circonspection minutieuse que le grand seigneur grec dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises donnait à ses enfants1.
Cette guerre, célèbre, longue de près d'un tiers de siècle, sanglante entre toutes celles du Moyen âge oriental, qui devait coûter un nombre de vies incalculable, et causer la destruction de plus de la moitié de la nation bulgare, cette guerre qui constitue certainement une des pages les plus brillantes et les plus héroïques de l'histoire byzantine, nous est, hélas, à peine connue dans ses détails. Les documents fournis par Skylitzès, par son copiste Cé-drénus, par Zonaras qui, seuls, à peu près, parmi les annalistes grecs, en ont dit quelques mots (2), sont si peu de chose, tellement maigres et clairsemés, si souvent inexacts et confus, que la simple chronologie de ces événements ne peut même pas encore aujourd'hui être établie avec certitude.
D'autre part, les historiens orientaux, Yahia, Elmacin, Ibn el-Athir, presque toujours très exactement informés pour ce qui concerne l'Asie, le sont, on le comprend, beaucoup moins dans les rares paragraphes qu'ils consacrent à cette guerre européenne si éloignée, complètement hors de portée de leurs moyens d'information habituels.
Il est juste d'ajouter cependant que, si la chronologie de la guerre de Bulgarie présente encore d'innombrables lacunes dont beaucoup, probablement, ne seront jamais comblées, les points de repère principaux sont d'ores et déjà fixés.
La mort du grand tsar Samuel marqua vraiment la fin de l'indépendance bulgare si admirablement personnifiée en lui. Avec ce héros si hardi, si infatigable, périt l'espoir de sa race, et le pied brutal et lourd du basi-leus tout-puissant s'appesantit, dès lors, plus cruellement chaque jour sur la patrie mutilée, privée des talents et de l'ardeur invincible de son plus courageux fils. „Après la mort du tsar Samuel, dit, dans ses souvenirs, l'auteur anonyme du manuscrit que je viens de citer, tous les autres Bulgares durent se rendre au basileus et furent réduits en esclavage, grâce à l'astuce, au courage, à l'énergie d'un homme, le grand Basile Porphyro-génète." Certes il y eut encore des années de résistance et de luttes partielles opiniâtres, des combats héroïques, des dévouements sublimes, mais la grande guerre était finie; l'œuvre de soumission et d'asservissement était véritablement commencée. La Bulgarie indépendante, totalement épuisée d'hommes et de ressources, mena durant quatre années encore, après la mort de son héros, une existence qui ne fut plus qu'une lente agonie. Tout espoir de salut avait vraiment disparu. Nous n'avons pour nous en convaincre qu'à nous en rapporter aux trop rares allusions éparses dans les sources contemporaines. Le parti national, décimé par quarante années de guerre incessante par les sanglantes exécutions des dernières campagnes, luttait encore avec une énergie admirable, contre le terrible basileus de Roum, mais il était devenu trop peu nombreux. L'immense majorité de la nation, lasse de ces interminables horreurs dans lesquelles il semblait qu'on eût toujours vécu épuisée, effroyablement ruinée, portant dans chaque chaumière un deuil cruel,' aspirait de plus en plus à la paix à tout prix, à la paix par l'union avec Byzance. Ce fut sous ces influences que les premières propositions sérieuses de soumission furent, ainsi que nous le verrons, présentées en l'an 1017 au vainqueur..."
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1 Voyez dans Gfrœrer, op. cit.* II, pp. 641 sqq., l'exposé des causes qui rendirent possible cette résistance si prolongée des Bulgares. Ce furent, en première ligne, les sympathies qu'ils inspirèrent aux populations conquises par eux, populations détachées de cceur du régime impérial par l'effroyable dureté de son gouvernement.
2 A. Fr. Gfrœrer, Byzantinische Geschichte, Graz, 1872—1877.
3 Voyez, par exemple, les chapitres 49 et 66 dont le dernier est intitulé : Des constances oh il est nécessaire de s'en tenir à l'égard de l'ennemi au système de la porisation.
4 Psellus n'en parle pas. — Voyez dans Jirecek, op. cit.* le très intéressant cru 1er consacré à la géographie physique de la Bulgarie.
* Il s'agit de Jirecek, Geschichte der Bulgaren, Prague, 1876.

Cyrille et Méthode


Cyrille et Méthode, créateurs du premier alphabet slave


A l’époque où les grands états européens Byzance et l’Empire des Francs se partageaient le monde, les peuples slaves s’opposèrent à l’assimilation politique et culturelle en créant leurs états indépendants et leur propre culture. Ce fut l'initiative des deux frères Cyrille et Méthode originaires de Thessalonique par la création du premier alphabet slave, le glagolitique, donnant ainsi aux Slaves l’idée de leur identité ethnique et culturelle. Jusque là les Slaves utilisaient des alphabets étrangers – latin et grec – et cela renforçait le risque d’être assimilés. L’écriture slave que Cyrille et Méthode introduisirent dans la vie culturelle d’Europe ainsi que la traduction des livres liturgiques qu’ils firent tant eux-mêmes que leurs disciples suivaient le principe que chaque peuple a le droit de glorifier Dieu dans sa langue maternelle. Ce fut la première grande idée démocratique dans l’histoire européenne – l’idée défendant l’égalité de tous les peuples, petits et grands, sur le plan de l’esprit et de la spiritualité. De plus, l’initiation au christianisme par l’intermédiaire de la langue maternelle contribua à l’établissement et à la consolidation de l’état féodal avec la protection de l’église.
Cyrille et Méthode étaient d’une famille de grande réputation. Leur père Lion (Лъв) fut le gouvernant militaire de la région de Thessalonique, leur mère était d’origine slave, elle s’appelait Marie. Méthode est né en 815, Constantin qui adopta le nom de Cyrille lorsqu’il fut sacré évêque, est né en 827. Méthode reprit le poste de son père. La région de Thessalonique qu’il gouvernait fut à cette époque peuplée par des Slaves, surtout des Bulgares, la langue desquels il connaissait très bien. Constantin fit des études à l’école supérieure de Constantinople, appelée Magnaour qui à cette époque était l’école supérieure la plus prestigieuse d’Europe. Après il fut nommé bibliothécaire au patriarcat de l’église Sainte-Sophie. Il fut connu comme un des plus grands érudits de Byzance. Il fut envoyé par l’empereur Michel III chez les Sarrasins et plus tard avec son frère Méthode chez les Hasards à participer dans des débats philosophiques et religieux pour défendre les intérêts de l’empire contre l’islam et le judaïsme.
C’était l’époque où les Slaves étaient en train d’organiser leurs états mais dans des conditions très difficiles à cause de la rivalité entre l’église catholique et l’église orthodoxe. Jusqu’à ce moment-là le seul état slave qui avait terminé ce processus était la Bulgarie. Ce fut le premier état slave déjà crée (681) et le premier état slave converti au christianisme (le roi Boris Ier fut baptisé en 865, l’année considérée comme la date de la christianisation de la Bulgarie).
A cette époque-là, le Royaume de Moravie la Grande(aujourd’hui la région de la Moravie fait partie de La République tchèque) sous le règne de Rostislav subissait les attaques de la part de l’empire des Francs, menacé d’une assimilation tant politique que culturelle à cause de la germanisation, car la christianisation dans ce pays s’effectuait par le clergé allemand.
Rostislav décida de s’y opposer en supprimant le latin et en introduisant la langue slave dans l’église. Il s’adressa à l’empereur byzantin et, à son appel Michel III envoya en 863 Cyrille et Méthode à Véléhrad, la capitale de la Moravie. Les deux frères introduisirent l’alphabet glagolitique qu’ils avaient fondé pour les besoins de cette mission. Ils traduisirent la Bible en slavon, organisèrent l’office religieux d’après le modèle orthodoxe et réunirent autour d’eux en cercle de disciples qui firent les premiers prêtres slaves dans cette région.
En 867 Cyrille et Méthode ainsi que leurs disciples furent invités par le pape Adrien II. qui accepta la liturgie slavonne. Il leur rendit de grands honneurs et bénit leur activité. Cyrille tomba gravement malade et décéda à Rome. En son honneur le pape céda le tombeau qui lui était destiné, mais Méthode refusa car son frère était toujours modeste et tout ce qu’il faisait était au nom de Dieu.
Méthode continua seul sa route, qu’il consacra à la vie spirituelle des Slaves. Mais quelques années plus tard il fut mis en prison pendant deux ans car le clergé allemand avait repris ses positions en Moravie. Parallèlement le nouveau pape Jean VIII interdit l’emploi des langues étrangères, y compris la langue slave, dans l’église.
Après la mort de Méthode en 885 le clergé slave fut persécuté, chassé de la Moravie ou même vendu en esclavage. Le seul pays slave qui accueillit les disciples de Méthode fut la Bulgarie. Sous la protection du roi bulgare Boris I ils fondèrent deux écoles littéraires – une à Preslav, la capitale, et l’autre à Ohrid. Le premier centre culturel fut organisé par Naoum, le deuxième – par Kliment.
Le clergé grec fut obligé de quitter la Bulgarie : l’église orthodoxe ainsi que la vie culturelle devinrent indépendants.
Dès ce moment-là la Bulgarie entra dans une période d’épanouissement extraordinaire – sous le règne de Siméon, le fils de Boris Ier, elle connut son apogée et son siècle d’or.
En Bulgarie, Kliment créa le deuxième alphabet slave – le cyrillique, qu’il nomma ainsi en l’honneur de son maître. Celui-ci était beaucoup plus simple que le glagolitique et plus accessible aux différentes couches de la société. Ce fut l’alphabet ainsi que les livres religieux écrits en bulgare, qui furent répandus parmi les autres Slaves, les Russes et les Serbes, qui avaient repris le christianisme orthodoxe. C’est ainsi que la Bulgarie devint le berceau de la langue et de la culture slave.

G. Tcholakova

http://martin.jean-marie.club.fr/Cyrillique.htm

La Crise en Macédoine


LA CRISE EN MACEDOINE : UNE CINQUIEME GUERRE BALKANIQUE ?

Assia STANTCHEVA


L’histoire a fait des pays du Sud-Est de l’Europe une mosaïque de peuples. Au cours du 20e siècle, plusieurs rectifications des frontières ont eu lieu dans cette région suite aux guerres successives. Les remaniements territoriaux ont été effectués, le plus souvent, en fonction des intérêts des vainqueurs, sans prendre en compte le principe des nationalités. Le résultat : des Etats qui deviennent multietniques et multinationaux, une exacerbation des nationalismes, des minorités nationales qui s’estiment persécutées et discriminées, des mouvements de populations volontaires ou forcés. Aujourd’hui, des foyers de tensions et de conflits continuent à exister dans les Balkans.
Dix ans après l’éclatement de la Fédération yougoslave, la Macédoine[1], le seul pays issu de l’ancienne Yougoslavie qui ait réussi le passage au statut d’Etat indépendant sans effusion de sang est, elle aussi, en proie à une crise interne à caractère interethnique.

1. Historique

La Macédoine (12 millions d’habitants, 25 500 km²) a accédé pour la première fois à une formation étatique en septembre 1991. Le territoire macédonien – en tant qu’appellation d’une région géographique – a été longtemps une pomme de discorde dans les Balkans. Faisant partie de l’Empire ottoman, après la guerre russo-turque de 1877-1878, le Traité de San-Stéfano l’attribua à la Bulgarie, mais les Grandes puissances en décidèrent autrement au Congrès de Berlin en 1878 et la Macédoine resta territoire ottoman jusqu’aux guerres balkaniques, avant d’être partagée en 1913 entre la Grèce (Macédoine de l’Egée, 51%), la Serbie (Macédoine du Vardar, 39%) et la Bulgarie (Macédoine du Pirin, 10%). Au sein du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, puis de la Yougoslavie, elle a été « énergiquement serbisée de 1918 à 1941, puis bulgarisée non moins énergiquement durant l’occupation de 1941 à 1944 »[2] avant d’être utilisée comme enjeu dans les projets avortés de fédération balkanique en 1944-1947. En tant que l’une des six républiques constitutives de la Fédération yougoslave, la Macédoine a eu comme objectif premier la confirmation de l’identité nationale de son peuple.
Après son indépendance en 1991, la Macédoine a trois défis majeurs à relever : sa reconnaissance internationale, sa survie économique et sa stabilité politique interne en raison du nombre considérable de ressortissants macédoniens appartenant à des minorités ethniques, dont la plus importante est la minorité albanaise.
Les données statistiques concernant les minorités nationales, en premier lieu les résultats des recensements, sont un enjeu important dans le débat relatif aux rapports majorité-minorités. Elles sont fréquemment utilisées comme argument politique de part et d’autre et par conséquent régulièrement contestées. Tel est le cas également en ce qui concerne le nombre des Albanais en Macédoine. Les Albanais ont boycotté plusieurs recensements dans le pays et contesté leurs résultats. Selon le recensement qui a eu lieu en 1994 sous contrôle international, financé par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe, 67% de la population du pays est constituée de Macédoniens slaves, 23% sont des Albanais, mais ceux-ci considèrent que leur nombre est supérieur de 10 à 20%, et que, en tout état de cause, ils constituent au moins un tiers de la population du pays.
En raison de cette importance numérique, les Albanais n’acceptent pas le statut de minorité nationale - selon eux infériorisant - qui leur est conféré par la Constitution macédonienne de novembre 1991. En effet, dans le préambule de la Constitution - qui a été l’objet de polémiques et n’a pas été votée par les députés albanais - le peuple macédonien est mentionné comme peuple constitutif de l’Etat, tandis que les Albanais le sont au titre de nationalité-minorité. C’est notamment dans la revendication des Albanais d’être reconnus comme peuple constitutif de l’Etat que réside la raison apparente des tensions interethniques en Macédoine ainsi que de la crise actuelle.

2. « La Question albanaise »

La trame de fond du problème réside dans ce qu’il est convenu d’appeler « la Question albanaise ». Après la prise de conscience nationale des Albanais à la fin du 19e siècle (la Ligue de Prizren, 1878-1881 ; la Ligue de Peć, 1897-1900) et la proclamation de leur indépendance en novembre 1912, les frontières du nouvel Etat sont tracées suite à une transaction diplomatique tenue lors de la Conférence des Ambassadeurs des Grandes puissances, tenue à Londres de décembre 1912 à août 1913, sans participation de représentants albanais. Une partie des Albanais se retrouvent ainsi dispersés dans les Etats voisins : en Grèce, en Macédoine, au Monténégro et en Serbie (Kosovo). Après un passage par une configuration de « Grande Albanie » au cours de la Seconde guerre mondiale, sous patronage fasciste puis nazi et avec la fin de l’Albanie isolationniste d’Enver Hoxha, les Albanais ressentent de plus en plus fortement la dispersion de leur peuple comme une injustice historique subie.
La montée du nationalisme albanais, étayé par des mythes nationaux étrangement symétriques aux autres mythes nationalistes dans les Balkans et combiné à plusieurs autres facteurs, a constitué un des catalyseurs des crises successives liées en partie à la recherche de l’unité nationale albanaise. On garde en mémoire l’évolution dramatique de la crise au Kosovo, suite à laquelle se pose à présent le problème du statut politique futur de la province. Des foyers de tensions sont toujours ouverts : les confrontations armées dans le Sud de la Serbie, peuplé majoritairement d’Albanais, depuis l’automne 2000; et, la dernière en date, la crise en Macédoine dans les premiers mois de 2001. Bien sûr, les conditions au Kosovo, en Serbie du Sud et en Macédoine ont leurs spécificités propres.
Dans son livre La Question albanaise[3], l’universitaire kosovar Rexhep Qosja - qui a aussi des responsabilités politiques - avance une thèse selon laquelle la question albanaise n’est pas un problème de minorité nationale, mais celui d’une nation morcelée qui compterait 7 millions de membres dont 3 millions en Yougoslavie. Il estime que de nouvelles frontières doivent être établies dans les Balkans pour réaliser l’unité nationale de tous les Albanais dans une « Albanie naturelle », notion qu’il substitue à celle d’une « Grande Albanie »[4]. On retrouve ici les mêmes ressorts que ceux du nationalisme serbe : injustice historique subie, morcellement politique de la nation, revendication d’autodétermination et de nouvelles frontières. Un tel plaidoyer se situe tout entier dans la perspective de l’ethno-nationalisme, comme le remarque à juste titre Michel Roux, et qui devrait être dépassé pour permettre la stabilisation des Balkans[5].
Un point de vue semblable est présent dans le discours d’une partie de la classe politique en Albanie. En mai 1992, le leader du Parti démocratique et Président de l’Albanie pendant cette période Sali Berisha évoque devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le problème des Albanais en tant que « nation divisée en deux », en soulignant que 3 millions d’entre eux vivent sur « des terres millénaires albanaises », actuellement en Yougoslavie, et sont privés de droits humains et nationaux. Faisant une nette distinction entre les Albanais du Kosovo et ceux de Macédoine qu’il estime être entre 700 et 900 000, la seule solution juste selon lui est « l’autonomie territoriale et politique des Albanais », l’autodétermination au Kosovo et la cantonisation de la Macédoine. Il déclare en outre que son pays est prêt à accorder la double nationalité à tous les Albanais. On devrait cependant souligner que les dirigeants albanais actuels accentuent plutôt sur le fait que « les Albanais n’aspirent pas à la Grande Albanie, mais à la Grande Europe »[6].

3. Les Albanais en Macédoine

La situation des minorités albanaises au Kosovo et en Macédoine n’est évidemment pas similaire. La Constitution macédonienne garantit aux Albanais l’exercice de leurs droits culturels, la liberté de religion, d’expression et d’association (art. 7 et 48) ; ils disposent de nombreuses associations, d’organes de presse, d’émissions en albanais à la télévision et la radio d’Etat ainsi que de chaînes privées ; la langue albanaise est enseignée y compris à l’Université albanaise de Tétovo créée en 1995. Surtout, les Albanais de Macédoine ont leurs propres partis politiques qui participent très activement à la vie politique du pays sont représentés au parlement depuis 1990 et font partie de la coalition gouvernementale pendant les deux dernières mandatures. Le Parti démocratique albanais (DPA, Arben Xhaferi), participe au gouvernement avec 5 ministres sur 16 ; le Parti pour la prospérité démocratique des Albanais de Macédoine (PPD ; Imer Imeri - Président ; Muhamet Halili - secrétaire général) est, lui, dans l’opposition.
Certains membres du DPA, du PPD et de l’Union des détenus politiques albanais en ex-Yougoslavie reprochent au dirigeant du DPA Arben Xhaferi d'avoir échoué dans sa tentative d'améliorer les droits des Albanais en Macédoine par des réformes législatives et politiques. Ces radicaux ont fondé un nouveau parti albanais, dont la création a été rendue public le 11 mars 2001 - le Parti démocratique national (PDN), dirigé par un ancien du DPA, Kastriot Haxhirexha, secrétaire général Adem Xheveti. Ce parti semble être la structure politique de l'Armée de libération nationale de Macédoine (UCK-M), le groupe armé qui a lancé les opérations ayant déclenché la crise actuelle en Macédoine.

4. Caractère et évolution de la crise

4.1 Rappel des faits

A la suite de quelques manifestations en janvier, mais surtout depuis le début du mois de mars 2001, une organisation de guérilleros albanais, s’intitulant l’Armée de libération nationale, UCK-M (le rapport avec l’UCK du Kosovo est évident), opère dans les montagnes de la région frontalière entre le Kosovo et la Macédoine, sans expliciter dès le début ses revendications et la raison de ses actions. On estime que la révolte est liée à l'Armée de libération de Presevo, Medvedja et Bujanovac (UCPMB) qui opère depuis l’automne dernier dans le Sud de la Serbie, 10 à 20 km au nord-est de la frontière macédonienne.
Les informations au sujet de cette nouvelle structure armée sont contradictoires. Créée probablement le 20 janvier 2000, après un an de clandestinité[7], l’UCK-M se manifeste ouvertement au début de 2001. Selon Adem Xheveti, Secrétaire général du Parti démocratique national (PDN) qui est la vitrine politique de l'UÇK-M, le leader politique de cette dernière est Ali Mehmeti. D’après d’autres sources[8], son dirigeant est Fazli Veliu, secrétaire général de la branche extérieure du Mouvement populaire albanais (LPK) – l’ossature politique de l’UCK – élu au congrès du LPK en Suisse en août 2000 et resté en clandestinité jusqu’au 11 mars 2001. Ancien professeur, la soixantaine, il est recherché par les autorités de Skopje qui le soupçonnent d'avoir participé à un attentat terroriste à Krcevo, en 1998, ce qu’il réfute. Veliu est associé à divers mouvements de libération du Kosovo, et tout comme lui, de nombreux militants de l’UCK-M ont participé aux activités armées de l'autre côté de la frontière. Devant l'agence de presse italienne ANSA, Veliu déclare avoir choisi la voie des armes en raison de l'inefficacité de l'approche politique et nie avoir pour objectif la création d’une «Grande Albanie». Cependant, avant même le début des combats à Tetovo, un dirigeant de l'UÇK-M a prévenu que celle-ci avait des cellules dans toute la Macédoine et que sa stratégie était d'étendre la lutte armée à Skopje, Gostivar et à l'ensemble du territoire macédonien.
Les accrochages avec les forces gouvernementales deviennent de plus en plus vifs, et font des victimes de part et d’autre. Les combats se déroulent autour de Tanusevci et de Tetovo – la deuxième ville du pays, fief de l’albanité. Les cortèges de personnes fuyant précipitamment leurs maisons réapparaissent. Bien qu’absents des images des télévisions européennes, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU a recensé 30 000 réfugiés et déplacés à la fin du mois de mars. Le gouvernement macédonien décide de riposter avec l’armée et les forces de sécurité, et, quinze jours après l’offensive du 14 mars, il déclare que la crise est terminée dans la région de Tetovo et qu’il est prêt à reprendre le dialogue politique. Les combats continuent cependant dans une autre zone, à une dizaine de kilomètres seulement au nord de la capitale Skopje. On estime qu’une nouvelle offensive albanaise n’est pas à exclure après Pâques.

4.2 Les revendications albanaises

Derrière quelques demandes peu substantielles (reconnaissance des diplômes de l’université albanaise de Tetovo, etc.), les revendications portent sur des questions bien plus sérieuses, concernant le statut de la minorité albanaise. Le Parti de la prospérité démocratique (PPD) et du Parti démocratique national (PDN), les deux partis albanais macédoniens radicaux, considèrent que les Albanais en Macédoine sont discriminés et les réformes ne sont pas un moyen efficace, tandis que le Parti démocratique albanais (DPA) ne partage pas ce point de vue et ne soutient pas les irrédentistes. Les 20 000 partisans du DPA qui ont manifesté pacifiquement à Skopje le 13 mars, demandaient «Paix et justice». Le lendemain, la manifestation organisée par le PDN à Tetovo (5000 manifestants, dont des hommes armés qui ont tiré sur la police), exigeait « la fin du régime de terreur de l'Etat macédonien à l'encontre des Albanais», scandant le nom des combattants cachés dans les collines surplombant la ville.
Les revendications principales visent l'organisation d'un nouveau recensement national de la population, car le chiffre officiel de 23 % d'Albanais en Macédoine serait inférieur à la réalité ; et la reconnaissance des Albanais non comme une minorité nationale, mais comme une nation constitutive de l’Etat, avec une modification du préambule de la Constitution macédonienne dans ce sens. L’objectif à terme est la constitution d’un Etat fédéral, composé de deux entités, de deux nations égales, disposant chacune de sa langue. Cette dernière option a toujours été fermement rejetée par tous les macédoniens. Le gouvernement macédonien sera cependant probablement amené à négocier – il s’est déjà dit prêt à « reprendre le dialogue politique », mais la perspective de morceler encore un pays de la région n’a rien d’exaltant.
Il n’y a pas suffisamment de données pour le moment pour analyser la base politique et sociale de cette crise. La population albanaise est partagée, tandis que l’opinion publique macédonienne a fait part de son incompréhension quant aux motifs des opérations de la guérilla albanaise : « Pourquoi prennent-ils les armes alors qu’ils participent au gouvernement ? On a accueilli 500 000 Albanais pendant la guerre du Kosovo, on les a protégés contre Milosevic, maintenant cela nous revient au visage comme un boomerang ».
On analyse l’action de l’UCK-M comme faisant partie, à long terme, d’un plan visant à réunir les territoires à population albanophone dans un Etat ayant pour centre Pristina (et non Tirana). A court terme, les revendications restent limitées à l’autonomie des régions à forte population albanaise, afin de ne pas irriter les occidentaux. Le Kosovo servirait de base arrière des guérillas de l’UCPMB et de l’UCK-M.

4.3 La réaction internationale

Le gouvernement macédonien, confronté pour la première fois à une crise de ce genre, disposant d’une armée petite et inexpérimentée – en fait, ce fut la première campagne de l’armée macédonienne depuis l’époque d’Alexandre le Grand de Macédoine – et souhaitant protéger ce qu’il considérait comme « le modèle macédonien, fait de tolérance », a demandé d’emblée l’aide des européens et des américains, de la « communauté internationale ». La réponse a été « oui, mais…».
Peut-être surpris par les propos déterminés et durs du président macédonien Boris Trajkovski lors du Sommet de l’Union Européenne (UE) les 23 et 24 mars 2001 à Stockholm, les Chefs d’Etat européens ont adopté une déclaration de soutien, mais en demandant aux macédoniens « de la modération », le chancelier allemand Schröder ajoutant l’exigence de réformes en faveur de la minorité albanaise.
Les Etats-Unis ne se sont pas montrés, non plus, très empressés à réagir. Serait-ce une manifestation des intentions de la nouvelle administration de Washington de se retirer progressivement des Balkans et de laisser le règlement des crises européennes aux européens ? Devant l’ampleur de la crise, l’OTAN a tout de même envoyé quelques renforts de l’autre côté de la frontière, en face du village de Tanusevci.
Le Président russe Vladimir Poutine a été celui qui a exprimé à Stockholm un soutien sans réserve au gouvernement macédonien, non sans l’idée de faire un parallèle avec la situation en Tchétchénie. L’appui chinois a été également explicite.
Bien sûr, tout le monde s’est dit préoccupé, y compris les organisations internationales ; bien sûr, tout le monde s’est déclaré pour la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la Macédoine, mais les macédoniens ont exprimé leur vive déception face à la passivité de la KFOR, stationnée à quelques kilomètres des zones d’affrontement, mais qui n’a pas de mandat en Macédoine. Les visites d’urgence de Javier Solana, le Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure, et du Secrétaire général de l’OTAN George Robertson à Skopje n’ont pas suffi à les convaincre.
Dans ce contexte on pourrait s’interroger sur l’efficacité de la mission de la KFOR, qui n’a pas vraiment réussi à garantir la sécurité du territoire et des frontières du Kosovo, à empêcher l’expulsion de la minorité serbe de la province et à désarmer l’UCK. Dès le début des affrontements à la frontière entre le Kosovo et la Macédoine, les troupes allemandes de la KFOR se sont rapidement retirées du secteur. Toutefois, quelques jours plus tard, pas moins de 40 000 hommes, c’est-à-dire l’équivalent de la KFOR, assuraient la sécurité d’un convoi de déchets nucléaires en Allemagne, attaqué par les écologistes.
La crise a provoqué un vif émoi dans les pays voisins de la Macédoine, étant donné le danger qu’elle représente pour la stabilité régionale. Certains pays de la région, en premier lieu la Grèce et la Bulgarie, ont soutenu le gouvernement macédonien sans ambiguïté. Sous la pression de l’UE qui a laissé entendre qu’elle supprimera les aides pour le Kosovo, les trois principaux leaders albanais de la province, Ibrahim Rugova, Hashim Thaçi et Ramush Haradinaj ont appelé les extrémistes albanais de Macédoine à déposer les armes. Les dirigeants de l’Albanie ont, à leur tour, désapprouvé « la violence, d’où qu’elle vienne », tandis que le parlement du pays a exprimé son mécontentement des intentions de « certains Chefs d’Etat », à savoir les présidents bulgare et grec, d’apporter de l’aide au gouvernement macédonien.

5. Conclusion

Dans l’analyse de la crise actuelle, il ne faudrait pas perdre de vue que la Macédoine n’est pas le Kosovo, et une modification la concernant aurait des conséquences sur l’équilibre stratégique de la région. Surtout à côté d’autres Etats dont l’avenir politique reste instable.
La crise en Macédoine vient prouver, une fois de plus, la difficulté de trouver le délicat équilibre entre la protection des droits et des revendications légitimes des groupes ethniques et des minorités nationales, d’une part, et la nécessité de ne pas encourager des irrédentismes nuisibles à la stabilité du continent. Dans cette curieuse combinaison de mouvements d’intégration communautaire et de désintégrations en chaîne que l’on observe en Europe depuis dix ans, il est certain que la recherche d’un mécanisme véritablement efficace de gestion des crises et des conflits, surtout ceux mettant en jeu les minorités nationales, est d’une importance vitale.



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[1] La dénomination officielle du pays à l’ONU est « Ex-République yougoslave de Macédoine »

[2] Bernard LORY, L’Europe balkanique de 1945 à nos jours, Paris, Ellipses, 1996, p. 36

[3] Rexhep QOSJA, La question albanaise, Paris, Fayard, 1995, 326 p.

[4] idem, p. 269

[5] Michel ROUX, Le Kosovo : dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 1999, p. 41

[6] M. Gjinushi, Président de l’Assemblée du peuple albanais, intervention devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, AS (1999) CR 27, 21 septembre 1999 ; Ilir Meta, Premier Ministre de l’Albanie, AS (2000) CR 10, 4 avril 2000

[7] Christophe CHICLET, « L’UCK cherche une revanche en Macédoine », Le Monde diplomatique, avril 2001, p. 22

[8] ibid.



http://www.robert-schuman.org/synth4.htm

Les Bulgares avant la Bulgarie


Le premier foyer du peuple bulgare

Des trois grands peuples qui formèrent la population de la Bulgarie Danubienne, les Anciens Bulgares furent les derniers venus sur nos terres. C‘était un peuple nombreux, considérablement plus avancé, de par ses traditions étatiques, ses connaissances techniques et son activité économique, que la population slave peuplant les Balkans. Apportant une culture de type iranien, une longue tradition d‘orfèvrerie, de viticulture et d‘agriculture, d‘élevage de chevaux, d‘architecture monumentale, les Anciens Bulgares se mélangèrent harmonieusement avec la population Thrace. Ce peuple joua un rôle civilisateur considérable auprès des populations des Balkans, surtout pour les tribus slaves peuplant la région.
L‘origine des bulgares a longuement été discutée, les opinions penchant consécutivement vers une parenté Finne, Turque, Slave, Iranienne, Celte ou Sarmate. Aujourd‘hui encore, l‘origine et la langue des bulgares sont des problèmes ouverts ; cependant, suite à un nombre de fouilles et découvertes récentes, la majorité des spécialistes penche vers l‘hypothèse iranienne. Selon cette hypothèse, confirmée par des sources indiennes et arméniennes, les bulgares étaient un des peuples, formant la population de l‘antique Bactriane. Leur ancien foyer étaient probablement les plaines et les vallées au Nord et au Sud du
Pamir œ l‘Afghanistan du Nord d‘aujourd‘hui œ une région où fleurit, à partir du 8ème-7ème siècle av. J.-C., un état, appelé par les auteurs anciens « Bolgar » ou « Balhara ». Encore aujourd‘hui, les noms de deux grandes régions gardent le souvenir de cette époque - la région montagneuse de Palgar dans le Pamir du Nord, appelée dans les sources sogdianes « Bulgar », et une vaste région à l‘intérieur du Pamir et Hindokoush, que les Tadjiks appellent « Bolor » ou « Bulhor », et que les habitants de la région appellent « Bulgar ».


Les migrations bulgares

Sous la pression de conflits locaux et d‘invasions, quelques masses bulgares avancèrent consécutivement vers l‘Europe. Selon les chroniques celtes et bavariennes, au 4ème s. av. J.-C. un peuple appelé « Bolg » se déplaça de la région de la Parphie (Iran contemporain) vers les Iles Britanniques.
Au 3ème siècle avant J.-C. deux princes, appartenant au même groupe, migrèrent de l‘Asie vers le territoire de la Bulgarie actuelle, où ils créèrent un royaume qui exista pendant quelques décennies. Leur noms étaient Bolg et Bren. C‘est à partir de l‘année 268 que le nom «
Bulgaria » commença à paraître sur les cartes de l‘Europe. Entre le 2ème et le 4ème siècle, une masse considérable du peuple bulgare s‘installa dans le Caucase - entre le Donets, le Don et la mer d‘Azov, assimilant les restes des antiques tribus sarmates et entrant de nouveau en contact avec un autre peuple hautement civilisé œ les alanes, dont l‘ancien foyer était, aussi, le Pamir. C‘est de là qu‘au 4ème siècle un groupe de Bulgares, mené par leur chef Vanand, descendit vers l‘Arménie, où ils furent, peu a peu, assimilés. Emballé par la vague des Huns, une nombreuse population bulgare se dirigea vers l‘Europe Centrale et peupla la Pannonie et les plaines autour des Carpathes. Au 6ème siècle, deux groupes bulgares se séparèrent de cette population, s‘installant en Italie du Nord et (avec le consentement de Byzance) dans les régions au sud du Danube.


L‘Ancienne Grande Bulgarie

Les populations bulgares qui restèrent dans le Caucase créèrent un état, le premier état bulgare européen, entre la Mer Noire et la Mer Caspienne. Cet état était appelé par les chroniqueurs byzantins « L‘Ancienne Grande Bulgarie ». La capitale du pays était Fanagoria, sur la mer d‘Azov. La généalogie des souverains bulgares au Nord de la Mer Noire commence à l‘an 153 avec, pour premier souverain, le mythique Avitohol. Selon les chroniques caucasiennes, dans le Caucase les bulgares onogoures avaient leurs grandes villes de pierre. C‘est là aussi que commença la première christianisation des anciens bulgares. En 451 les bulgares tombés à la défense de la nouvelle religion (bataille du champ d‘Avarayr) furent canonisés par l‘église arménienne. (Ce procès de christianisation, commencé par les kanas bulgares Grod et Koubrat dans le Caucase, fut achevé quelques siècles plus tard par le souverain du Premier Royaume Bulgare Boris I, qui imposa aussi cette religion aux tribus slaves peuplant le royaume). A partir du 5ème siècle les armées de l‘Ancienne Bulgarie luttaient souvent sur le territoire des Balkans. En 568 le pays fut subjugué par le khanat Turc, mais quelques décennies plus tard, en 632, il fut libéré par Koubrat du clan Doulo. Le tombeau de Koubrat, trouvé près du village « Malaya Pereshkepina » en Ukraine actuelle, montre que ce kanas bulgare était chrétien et qu‘il maintenait des relations d‘amitié avec l‘empereur de Byzance.


Les fils de Koubrat

Après la mort de Koubrat en 651, ses fils - Bat Bayan, Kotrag, Asparouh, Kouber el Altsek œ se séparèrent, probablement dans le but d‘élargir plus tard ensemble le territoire de l‘état. Le fils aîné de Koubrat, Bayan ou Bat Bayan, resta sur les terres paternelles de l‘Ancienne Bulgarie. Même après la subjugation de ce territoire aux Khazars, les sources arabes témoignent d‘une population bulgare considérable dans la région, menant une vie économique active, et appelée par eux « Bulgares de l‘intérieur » ou « Bulgares Noirs ». Asparouh mena une large masse de bulgares à l‘Ouest et s‘installa dans la région « Ongala », à la bouche du Danube. Pendant une période prolongée, la « route » entre l‘Ancienne Bulgarie et la Bulgarie du Danube resta ouverte pour le déplacement de grandes masses bulgares de l‘Est à l‘Ouest. C‘est l‘année du premier contrat entre ce nouveau état et Byzance œ 681 œ qui est considérée comme l‘année de la fondation du Premier Royaume Bulgare Danubien, c‘est à dire de la Bulgarie contemporaine. Kouber et Altsek rejoignirent les bulgares habitant l‘Europe Centrale, puis sedirigèrent, déjà avec des masses considérables, vers le Sud.

Quelques années après la fondation de l‘état d‘Asparouh, Kouber s‘installa avec son peuple en Macédoine actuelle, aux alentours de Bitola. L‘activité militaire des deux populations bulgares sur le territoire byzantin était bien synchronisée, et pendant le règne de Kroum le Terrible leurs territoires furent unifiés.

Les bulgares d‘Altsek s‘installèrent dans une région dépeuplée de l‘exarchat de Ravenne (Campo-basso). Deux cent ans plus tard, un auteur antique témoignait qu‘ils parlaient le latin et, encore, l‘ancien bulgare. Les deux vagues de bulgares qui s‘installèrent sur le territoire actuel de l‘Italie - au 6ème et au 7ème siècles - , furent assimilées, ne laissant que quelques toponymes et anthroponymes. Kotrag se dirigea au nord, où il créa la Bulgarie de Kama-Volga, un état qui exista 550 ans (jusqu‘en 1237, quand il fut subjugué par les Mongolo-Tatares de Gengis khan) et qui resta en contact avec la Bulgarie du Danube jusqu‘au 13ème siècle. La capitale de cet état, Véliki Bolgar, était un grand centre de commerce d‘une beauté impressionnante, comme en témoignent les auteurs arabes. Après la subjugation du territoire par les princes moscovites, quelques centaines de princes de familles nobles bulgares passèrent en service militaire et administratif russe. Beaucoup d‘eux jouèrent un rôle important dans la consolidation de l‘état russe. Les familles suivantes sont d‘origine bulgare : Aksakov, Ahmatov, Batourine, Boulgakov, Gogol, Godounov, Golitsine, Eltsine, Zhdanov, Korsakov, Koutouzov, Ogaryov, Rahmaninov, Souvorov, Tourguenev, Cheremetiev. Au début du 20ème siècle, le territoire de la Bulgarie de Volga s‘appelait encore Bulgaristan. En 1917 son nom fut changé par les soviétiques à « Tatarstan ». Dans ces terres-là, le souvenir des origines bulgares est encore vivant pour une partie de la population: de nos jours, il existe à Tatarstan un mouvement, appelé Congrès National Bulgare, dont les membres se déclarent descendants des Bulgares et insistent pour avoir cette nationalité inscrite dans leurs documents d‘identité.

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Origine de ce document:

http://facdeslangues.univ-lyon3.fr/docts/histoire_bulgarie.pdf


Brève histoire de la Macédoine


Un petit essai de démontrer le non-respect de la vérité historique

Le texte principal en noir est pris de :

[http://www.francophonie.org/membres/etats/membres/articles/cl_
892.html], le 12.04.2005.


*Les passages en rouge ne correspondent pas à la vérité historique.

**Les commentaires en bleu sont traduits et ajoutés après une consultation auprès de l’ « Histoire de la Bulgarie », Sofia 1993, Bakalov G., Anguelov P., Gueorguieva Ts., Tsanev D., Bobev B., Grantsharov S.



Les Slaves se sont installés au VIe siècle après J.C. (on ne mentionne pas les Bulgares de Kouber) Le christianisme s’est affermi parmi les Slaves macédoniens, principalement pendant la période d’évangélisation par les disciples des apôtres des Slaves: St Cyrille et Méthode. Ceux-ci avaient élevé de nombreuses églises en Macédoine (on ne mentionne nul part l’Etat bulgare, comme si l’on aurait pu bâtir « de nombreuses églises » sans une institution étatique. Encore plus, l’Empire oriental est césaro-papiste et l’Etat bulgare est une monarchie centralisée), vers la fin du IXe et au début du Xe siècle. Dès la fin du IXe siècle, la littérature religieuse de type byzantin (il n’y a pas d’Age d’or de la littérature bulgare) se développe et connaît une ascension rapide (St Cyrille et Méthode, St Naum et St Clément et le centre culturel et littéraire d'Ohrid). Résultat de l'activité des apôtres slaves saint Clément et saint Naum, la fondation à Ohrid de la première université slave (on ne dit rien de l’Ecole de Préslav qui est étroitement liée à l’Ecole d’Ohrid, encore moins des rois Boris et Siméon) est un évènement d'une portée considérable. L'Ecole littéraire d'Ohrid devient la base de la culture slave et de la propagation de la foi chrétienne. La fondation du premier évêché slave, qui sous le règne de Samoïl fut érigé en archevêché, représente la pierre angulaire de l'Eglise orthodoxe macédonienne. (après 1018 le Patriarcat bulgare devient archevêché, mais sous l’insistance catégorique de l’empereur Basile II, l’Archevêché d’Ohrid, appelé par les Byzantins “bulgare”, est présidé par un prêtre bulgare – archevêque Ioan de Debar.)Au XIe siècle, c'est sous le règne du Tsar (Émpereur) Samoïl (976-1014) que les slaves de Macédoine constituent leur premier Etat (Samoïl est le cadet des fils du gouverneur de la région de Sredets, komit Nikola et neveu de tsar Petar; quand Roman – l’unique héritier vivant de tsar Petar – arrive auprès de Samoïl, celui-ci (Roman) est proclamé roi – avec cela Samoïl et ses frères reconnaissent la légitimité de la dynastie royale bulgare ; eux-mêmes et leurs fils s’appellent aussi Bulgares), lequel restera gravé à jamais dans la mémoire du peuple macédonien. Après la chute de l'Etat de Samoïl, la Macédoine devient une arène où se succèdent souverains et insurrections. Après la victoire turque de la Marica en 1371, le pays passe sous domination ottomane et reste occupé pendant cinq siècles. La révolte de Mariovo-Prilep (1564/65) et l'insurrection de Karpos (1689) sont les premières tentatives sérieuses de résistance populaire contre la domination turque.La Macédoine était, depuis la fin du Moyen Âge, sous la domination de l'Empire ottoman. Pendant la première guerre des Balkans (1912-1913), la Grèce, la Bulgarie et la Serbie réussirent à arracher la Macédoine de l'Empire ottoman. Cependant, un conflit entre ces trois États fut à l'origine de la seconde guerre des Balkans (1913). La majorité de la Macédoine fut alors partagée entre la Serbie et la Grèce, et la Bulgarie n'en reçut qu'une petite partie.Théoriquement incluse dans le royaume de Serbie entre 1913 et 1918, la Macédoine subit, en réalité, trois ans d'occupation bulgare entre 1915 et 1918. Après la Première Guerre mondiale, elle revint au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, qui prit en 1930, l'appellationde «Yougoslavie», et fut soumise, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, à la politique autoritaire de Belgrade.1941-1944 réannexion par la Bulgarie.La question de la Macédoine, objet de divisions à l'intérieur même du Parti communiste yougoslave, provoqua en 1941, le départ de ses membres macédoniens, qui rejoignirent le Parti communiste bulgare. L'arbitrage de Moscou permit à Tito de reprendre le contrôle de l'organisation communiste macédonienne.L'action de la Résistance des partisans yougoslaves s'intensifia et, le 2 août 1944, le Conseil antifasciste de libération nationale yougoslave (AVNOJ) décida d'intégrer la Macédoine dans l'État yougoslave.En 1946, lorsque la République fédérale socialiste de Yougoslavie fut proclamée, la Macédoine yougoslave devint officiellement l'une des six républiques de ce pays.La Macédoine connut un développement modeste au sein de la Yougoslavie socialiste, et resta la plus petite république de la fédération, et la plus pauvre.Après la guerre, l'instauration du régime communiste dans plusieurs pays des Balkans créa une configuration politique nouvelle, et un projet de réunification de la Macédoine (Macédoine du Vardar, Macédoine du Pirin, et Macédoine de l'Égée) au sein d'une fédération balkanique, et pas seulement yougoslave, fut un moment envisagé par le Parti communiste yougoslave. Ce projet, qui reprenait une idée présente dans le mouvement macédonien depuis la fin du XIXe siècle et chez certains groupes du Parti communiste yougoslave des années 1920, et qui bénéficiait, dans une certaine mesure, du soutien du Komintern, fut finalementabandonné après 1948, à la suite de la rupture de la Yougoslavie avec Moscou. La création d'une République de Macédoine en 1945 (Constitution yougoslave de 1946) par Tito, offrait pour la première fois, un cadre politique à l'identité nationale macédonienne, qui restait malgré tout placée sous contrôle yougoslave. Ainsi, Tito reconnut-il l'existence de cette nouvelle entité dans le cadre fédéral yougoslave, non seulement face aux Grecs, mais aussi face aux Bulgares.Dès le début, la Macédoine yougoslave pratiqua une politique linguistique très répressive à l’endroit de ses minorités. Que ce soit les minorités albanaise, turque, grecque, serbe, bulgare, etc., il était interdit, par exemple, de porter des noms étrangers, d’ouvrir des écoles en une autre langue que le macédonien, d’utiliser un autre alphabet que le cyrillique, etc. La minorité grecque semble avoir été particulièrement touchée.Par ailleurs, toutes les pièces d'identité se sont vu ajouter la lettre K en majuscule, afin de les reconnaître, tout comme l'étoile de David qui servait aux SS à reconnaître les Juifs. Cette pratique n’a, semble-t-il, pris fin qu’en 1955.Les tensions entre les nationalités de la Macédoine yougoslave se manifestèrent à la fin des années soixante, notamment avec la minorité albanaise qui réclamait plus d’autonomie. Après la mort du maréchal Tito en 1980, la Macédoine, à l’instar des autres républiques yougoslaves, commença à manifester son mécontentement vis-à-vis du gouvernement fédéral dominé par les Serbes, et la minorité albanaise fit de même à l’encontre du gouvernement macédonien. À partir de 1981, le gouvernement tenta de mettre fin au nationalisme albanais,mais tandis qu’il permettait, d’une part, plus de droits dans les domaines de la langue et de l'enseignement, il interdisait, d’autre part, les noms albanais et essayait de réduire le taux élevé de natalité des Albanais. Face à ces mesures, les Albanais répondirent par des manifestations populaires à la fin des années 1980. Les communistes, alors au pouvoir, modifièrent la Constitution de la République et déclarèrent la Macédoine comme étant l'État des Macédoniens, omettant de mentionner les minorités de la république yougoslave. Par crainte d'un retour de l'hégémonie serbe et par souci de se démarquer des conflits consécutifs à la disparition de l'ex-Yougoslavie, la Macédoine se déclara indépendante le 8septembre 1991.Une fois que les républiques de Croatie et de la Slovénie eurent déclaré officiellement leur indépendance de la Yougoslavie (en juin 1991) et eurent été pleinement reconnues par la communauté internationale, la Macédoine yougoslave tint, le 8 septembre 1991, un référendum sur cette question. La très grande majorité de la population, soit 95 %, vota pour l'indépendance. Au mois d’octobre de la même année, la Macédoine yougoslave proclama sonindépendance et devint la république de Macédoine.Des relations commerciales étroites ont repris avec la Grèce depuis la levée du blocus économique que cette dernière avait décrété entre 1994 et 1995, et qui ne dut d'être levé qu'aux pressions exercées par la Communauté européenne et les États-Unis sur Athènes. La République de Macédoine et la République fédérale de Yougoslavie se sont reconnues mutuellement en 1996, et ont signé un accord économique de libre-échange après des années de contentieux (menaces et provocations de Belgrade à la frontière) lié officiellement à la question de la minorité serbe en Macédoine. De son côté, la Bulgarie a reconnu l'«État de Macédoine», même si elle continue de dénier l'existence d'une nation macédonienne car, pour nombre de Bulgares, les Macédoniens sont purement et simplement des Bulgares. Enfin, la Macédoine a rétabli ses relations avec l'Albanie après que tensions et incidents se soient multipliés à la frontière (spécialement au moment de l'effondrement de l'État albanais et de larévolte des Albanais au printemps 1997). En effet, l'exigence principale de Tirana concerne la protection des droits de sa minorité.La Macédoine est aujourd'hui confrontée, outre le problème économique, à une autre question, surtout intérieure: celle de ses relations avec sa minorité albanaise. Celle-ci estessentiellement concentrée dans le nord-ouest du pays, des faubourgs de Skopje jusqu'au sud du lac d'Ohrid, et elle est majoritaire dans certaines villes comme Tetovo. Les Albanais de Macédoine, qui disposent de quelques postes au sein du gouvernement, au même titre que d'autres minorités, aspirent à devenir un «peuple constitutif », statut dont ils ne bénéficiaient pas non plus dans la République yougoslave, et à avoir un enseignement dans leur langue. Leur fort dynamisme démographique et l'afflux d'émigrés en provenance de l'Albanie et duKosovo, semblent nourrir chez les Macédoniens la crainte que cette minorité ne se transforme un jour en majorité. Les tensions, qui étaient déjà vives entre les deux communautés depuis l'effondrement de la Fédération yougoslave, ont été ravivées lorsque les autorités macédoniennes ont brutalement mis fin à l'expérience de l'université libre albanaise de Tetovo, et qu'ils en ont arrêté les principaux dirigeants à la fin de 1994; aussi, certains partis albanais semblent peu à peu tentés par une radicalisation de leur politique, tendance qui fait écho au durcissement du mouvement kosovar de Pristina. Ainsi, à partir de 1996, le PPDAM (Parti pour la Prospérité démocratique) a tenté d'autonomiser les districts majoritairement albanais, afin de créer une confédération de deux États égaux, avec deux langues officielles, voire de provoquer une séparation pure et simple. Ce même projet a été repris par le PDA (Parti démocratique des Albanais), issu du précédent, et regroupant les tendances séparatistesles plus radicales, qui a proposé, en juillet 1997, «la création d'un État des peuples macédonien et albanais ».Si le gouvernement de Skopje a, dans un premier temps, choisi la négociation et le compromis pour tenter d'apaiser les tensions interethniques, il n'a pourtant pas reculé devant l'usage de la force (répression des émeutes de Tetovo en 1997). Par ailleurs, il a été confronté à la menace constituée par l'éclatement de la guerre au Kosovo et à la crainte que cette dernière n'embrase la totalité des Balkans. Conséquence directe de l'alourdissement du climat social et politique,les électeurs déçus ont sanctionné le gouvernement de Branko Crvenkovski en ralliant les rangs de l'opposition. C'est donc sans surprise que lors du scrutin législatif organisé en 1998, le représentant de la coalition politique formée par l'opposition de droite (VMRO-DPMNE et Alternative démocratique), Ljubco Georgievski (VMRO-DPMNE), a obtenu la majorité, avant d'être officiellement désigné par le président Kiro Gligorov, pour diriger le nouveau gouvernement."

La souveraineté de la nouvelle république indépendante de 1991 ne fut pas reconnue tout de suite par la communauté internationale. D’abord, la Grèce refusa en effet de reconnaître la République tant que son nom n'aurait pas été modifié, du fait que la «Macédoine» était le nom d'une province grecque et que des articles de la Constitution macédonienne impliquaient des prétentions territoriales sur la Grèce du Nord. Quant à la Bulgarie, elle refusait de reconnaître le macédonien comme langue officielle de ce nouveau pays, estimant qu’il s’agissait là d’un dialecte de sa propre langue officielle. À la suite de pressions internationales, le Parlement modifia la Constitution et déclara que la République ne revendiquait aucun territoire en Grèce ou dans tout autre pays. Mais les tensions politiques internes et les rivalités entre les nationalités s'intensifièrent. Des émeutes éclatèrent dans la capitale à l’automne de 1992 et mettaient aux prises les forces de l’ordre et les Albanais. L'afflux de quelque 50 000 réfugiés venant de Bosnie-Herzégovine ne fit qu’ajouter à la crise. Finalement, après bien des tractations au plan international, le 8 avril 1993, la république de Macédoine fut reconnue par la communauté internationale lorsqu'elle devint membre de l'Organisation des Nations unies sous le nom de ex-République yougouslave de Macédoine. Le 9 novembre 1995, la Macédoine est devenue membre du Conseil de l'Europe. Associée à l’OIF depuis septembre 1999. Mais la Macédoine demeure au bord de la guerre civile. La minorité albanophone continue de s'opposer aux Slavo-Macédoniens, les armes à la main. Ces derniers semblent appliquer la devise suivante aux Albanais: «Un bon Indien est un Indien mort.» Et la spirale de l'affrontement ethnique est engagée, sans trop d'espoir que la situation s'améliore à court terme. Mais après six mois d’affrontement entre la guérilla albanaise et les forces gouvernementales, les dirigeants macédoniens et albanais du pays ont conclu, le 1er août 2001, un premier accord pour tenter de ramener la paix dans le pays. L’accord porte notamment sur le statut de la langue albanaise en Macédoine. Après de longs entretiens, les Macédoniens et les albanophones ont réussi provisoirement à harmoniser leurs positions sur la question linguistique. Cependant, l’officialisation de l’albanais est conditionnée par la conclusion d’un accord global de règlement du conflit albano-macédonien.

Dossier préparé par I. Ivanov

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Le texte principal en noir est pris de :

[http://www.francophonie.org/membres/etats/membres/articles/cl_
892.html], le 12.04.2005.


*Les passages en rouge ne correspondent pas à la vérité historique.

**Les commentaires en bleu sont traduits et ajoutés après une consultation auprès de l’ « Histoire de la Bulgarie », Sofia 1993, Bakalov G., Anguelov P., Gueorguieva Ts., Tsanev D., Bobev B., Grantsharov S.



Les qualités spirituelles des Bulgares de Macédoine


GUEORGHI TRAITCHEV

LES QUALITÉS SPIRITUELLES DES BULGARES DE MACEDOINE

SOFIA, 1930

Avant-propos

Les Serbes et les Grecs et leurs amis affirment que nous, les Macédoniens, nous sommes les «brigands» des Bal­kans, que nous n'avons aucune culture et que l'émigration macédonienne en Bulgarie ne compte que quelques milliers de simples artisans incultes. D'autres étrangers, ignorants ou intéressés, disent que si l'on accorde l'autonomie à la Ma­cédoine, nous aurons une seconde Albanie.

Pour que nos ennemis et les étrangers intéressés apprennent ce que nous som­mes nous autres Macédoniens, je laisse­rai parler les faits eux-mêmes, des té­moignages de savants étrangers, dignes de foi, ainsi que mes propres observations, fruits d'une activité intellectuelle dans le pays de plus de trente ans.

G. Traïtchev

P. S. Je crois remplir un devoir agré­able en exprimant ici ma gratitude aux personnes qui ont facilité cette édition française et spécialement à mon com­patriote M. Nicolas Rizov pour tout le soin qu'il en a pris.

Idem

Les qualités spirituelles des Bulgares de Macédoine

Ce que les Macédoniens ont donné à la race bulgare

LEUR ROLE DANS LA CIVILISATION ET L' HISTOIRE DE LA BULGARIE

ANCIENNE (1)

Le christianisme et les lettres

L'Etat bulgare a été formé par les des­cendants du clan d'Asparouh et par des Slaves dont une partie était déjà con­vertie au christianisme, tout particuliè­rement les Slaves qui peuplaient la Ma­cédoine. Deux races – les pré-bulgares et des Slaves, confessant deux religions, les uns païens, les autres en partie païens, en partie chrétiens – sont les éléments fondamentaux de l'Etat bulgare.

(1) Ce chapitre est rédigé en collabora­tion avec M. Nicolas Rizov utilisant pour cela certaines études de son livre en pré­paration «Un essai de révision des va­leurs, nationales et internationales, de la Bulgarie contemporaine».

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Pour la fusion de ces deux races en une seule nationalité, il a fallu des moyens plus puissants que le pouvoir politique. Ces moyens, qui exercent une grande influence sur les âmes, étaient le christianisme et les lettres. C'est à ces moyens qu'eut recours le tzar Boris (352–888) pour assurer l'unité inté­rieure de son royaume. Ces deux forces morales émanaient avant tout des Slaves macédoniens. Ces derniers furent les premiers à se convertir en masse au christianisme et c'est de leur milieu que proviennent les créateurs de l'alphabet bulgaro-slave. Nous voulons parler ici des deux apôtres Sts Cyrille et Méthode, nés à Salonique, et de l'événement qui fit époque: la traduction par les deux saints frères de l'Ecriture Sainte en un dialecte bulgaro-macédonien qui sert actuellement de base à l'étude de toutes les langues slaves, le russe et le serbe en particulier, et qui porte le nom scienti­fique de langue paléo-bulgare*). On trouve encore aujourd'hui des traces de cette langue dans les dialectes parlés dans les régions de Salonique, de Prespa et de Kostour. Ainsi la Macédoine était devenue déjà au IX-e siècle le berceau des anciennes lettres bulgares.

L'œuvre des Sts Cyrille et Méthode fut poursuivie par leurs disciples parmi les­quels St Clément, archevêque d'Ochrid, a eu les plus grands mérites pour son

*) Voir aussi E. Denis dans l'Histoire générale de Lavisse et Rambaud, en XII.

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inlassable et fructueuse activité cultu­relle. Saint Clément après avoir fondé dans le monastère de Patleïna, se trouvant aux environs de Preslav-la-Grande capitale bulgare d'alors, une académie, telle qu'il n'en existait pas à cette époque, non seule­ment dans l'Europe Orientale, mais aussi dans l'Europe Occidentale, celle-ci en­tièrement soumise à l'influence de la culture latine, académie qui fut un foyer d'instruction et de culture des Bulgares et des Slaves, en général, fit de la ville d'Ochrida où se trouvait son siège épiscopal, le second centre de culture en Bulgarie.

C'est cette grande œuvre de réminent et vaillant ecclésiastique bulgare et de son dévoué collaborateur Saint Naoum qui porta le coup décisif à l'hellénisation des bulgaro-slaves du Sud de la Pénin­sule Balkanique.

Ce remarquable fait, quasi-exclusif à cette époque-là, doit être bien souligné, d'autant plus que, dans sa lutte victo­rieuse, saint Clément n'avait jamais re­cours aux armes, ni au système d'exter­mination que – pour la honte de l'hu­manité – pratiquent même aujourd'hui, et cela à l'égard de sa postérité, les di­rigeants sans scrupule de la politique de serbisation, d'hellénisation et de roumanisation. Les seuls moyens dont saint Clément se servait dans la lutte étaient la croix et le livre. Déjà au IX-e siècle la nation bulgare avait proclamé le principe d'autodisposition nationale et la

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méthode culturelle de la lutte pour la conservation nationale que le monde ci­vilisé de notre temps considère comme une grande acquisition de la Révolution française et du progrès politique et so­cial du dernier siècle.

Outre le nom de saint Clément dont l'activité culturelle fut couronnée de si-beaux succès, il faut rappeler celui d'un autre disciple des Saints Cyrille et Mé­thode, saint Naoum d'Ochrida, coadjuteur de saint Clément et son digne, successeur à la direction des deux aca­démies – celles de Preslav-la-Grande d'abord et d'Ochrida ensuite.

L'importance et l'influence de la culture Bulgare

Il est inutile, croyons-nous, de sou­ligner la grande importance de cet évé­nement qui détermina la conversion des peuples slaves au christianisme et qui en même temps ouvrait la voie à la civilisation du monde slave.

Car, excepté les Polonais, alors encore païens, les Tchèques et Slovaques (Moraviens), les Croates et Slovènes (Panoniens), avant les croisades des Grangs germains qui ont poursuivi par l'épée la germanisation des peuples slaves, avaient adopté et se servaient de l'alphabet, de la langue et de la littérature du vieux bulgare ayant atteint un épanouisse­ment éclatant dans leur patrie – la Bulgarie.

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Mais pour permettre de mieux et ob­jectivement juger de la valeur de la culture bulgare ainsi que de définir son importance pour la civilisation de la race Slave et dès là pour celle de l'hu­manité dans la mesure de la place que le monde slave y tient, nous citerons quelques appréciations des autorités étrangères incontestées.

Le Baron d'Avril dans la monographie qu'il a écrite sur l'œuvre des Saints Cy­rille et Méthode, très appréciée par les spécialistes, y soutient que l'œuvre des saints frères Cyrille et Méthode, la tra­duction des Ecritures Saintes en vieux bulgare, constitue «le fait capital dans l'histoire de l'Europe orientale».

Les célèbres savants, l'historien tchè­que le Dr K. Jirecek et la plus grande au­torité dans la philologie slave, le croate Dr Vatroslave Jagitch, énoncent tous les deux le jugement identique que voi­ci: L'ancienne littérature bulgare du temps du tzar Siméon-le-Grand égalait, ne le cédait en rien aux littératures grecque et latine de la même époque.

Le Baron d'Avril parlant de cette lit­térature dit dans l'ouvrage précité ce qui suit: «On peut juger par le nombre très important de ceux qui nous sont parvenus de ceux qui ont disparu dans le cours des siècles. Non seulement la théologie était cultivée, mais même la philosophie, la rhétorique, l'histoire et les sciences naturelles».

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A l'occasion du millénaire qu'on vient de fêter du tzar Siméon-le-Grand des organes étrangers ont émis des appréciati­ons dont certaines méritent d'être relevées. Des auteurs compétents dans le « Ceske Slovo » et « Narodny Politika » de Prague (du 11 et du 12 mai 1929) estiment que grâce à l'activité littéraire qui s'est dé­veloppée à Preslav-la-Grande, sous les auspices du tzar Siméon-le-Grand, le plus instruit des souverains de son temps, la Bulgarie avait atteint une telle floraison de ses forces morales et matérielles qu'il s'en suivit que la lan­gue bulgare s'imposa comme langue d'Eglise et diplomatique des Serbes, Bos­niens, Russes et Roumains. – Et comme dit un autre historien, le Paléo-bulgare a eu, tout comme le latin, une longue période d'universalité dans le monde slave.

Et le Baron d'Avril remarque aussi dans l'ouvrage précité, qu'«Il n'y avait jusqu'au XII-e siècle aucune autre lan­gue slave écrite que le slavon des Saints Cyrille et Méthode dans tous les pays où cette langue était adopté par l'Eglise. Il n'y venait à l'esprit de personne qu'il en put être autrement».

Et ce prestige fut si grand que les turcs, même tard déjà et après que la Bulgarie avait disparue dans la débâcle de l'Orient, n'ont pu s'en soustraire. Ils se sont servis durant deux-trois siècles de la langue bulgare dans leurs rapports avec les populations des pays conquis, leur empire étant plutôt slave, et tous

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les voisins, le bulgare restant internatio­nal. Il dominait dans les conseils du Vésirat et dans les palais des sultans. Le célèbre Sultan Selim II, qui le connais­sait, l'appréciait beaucoup parce qu'elle lui permettait de s'en servir dans ses rapports, comme dit Bassano, avec les peuples de la Dalmatie, Serbie, Bosnie, l'Albanie, Théssalie, le Péloponèse, Bul­garie, Thrace, Valachie, ainsi qu'avec les Busses, les Polonais, les Tchèques, les Kraïniens*).

Les Russes, aussi bien que les Serbes continuent ainsi de payer un tribut au génie macédono-bulgare, surtout les pre­miers qui, grâce à leur puissance politique et à leur grandeur spirituelle, parvinrent à donner à ce génie une belle expression et une splendeur mondiale. Quant aux Valaques et aux Moldaves, il est hors de doute, qu'ils doivent beaucoup, du point de vue ethnique et culturel, aux Bulgares, malgré le silence funèbre qu'observent sur ce point leurs descen­dants – les Roumains d'aujourd'hui. Les uns et les autres s'assimilèrent la cul­ture bulgare. C'est seulement après la 1-ère moitié du dernier siècle que, sous la double influence: d'une part celle des Transylvains, qui jouent dans la vie des Roumains le rôle presque identique à ce­lui des Macédoniens dans la vie bulgare, et d'autre part de la France de Napoléon III qui s'était mise au service de leur

*) D. Michev: La Bulgarie dans le passé.

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cause nationale, les Roumains réunis commencèrent à latiniser et à franciser systématiquement l'écriture, les verbes et leurs dérivés de la langue valaco-bulgare. Mais la base de cette langue, ses éléments essentiels demeurent, na­turellement, presque impossibles à rem­placer. Du même qu'une grande partie de la toponymie tout à fait bulgare des pays Valaque et Moldave.

C'est peut-être, pour mieux prouver la reconnaissance pathétique qu'ils doivent aux Bulgares pour les nombreux services que ces derniers leur ont rendus pendant l'époque la plus sombre du Moyen Age où Charlemagne enfermait dans son palais les fils de ses paladins et vas­saux afin d'y apprendre l'alphabet la­tin, que les Serbes et Roumains, avec leurs chers alliés, les Grecs, ont fermé les écoles et les églises bulgares, détruit tous les monuments de la culture bul­gare et exterminé l'élite du peuple au­quel ils doivent de si précieux services.

Les luttes d'indépendance et de libéra­tion du joug byzantin

Dans la seconde moitié du X-e siècle, après que la Bulgarie orientale eut été gagnée tout d'abord à l'influence corrup­trice de Byzance et qu'elle eut plus tard reçu les coups de celle-ci, c'est la Macé­doine qui leva le drapeau de l'indépen­dance nationale». «La Bulgarie macé­donienne, écrit Alfred Rambaud, était plus guerrière, plus féodale, plus natio-

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nale de sentiment, plus antigrecque que celle dont Preslav-la-Grande était la ca­pitale».1)

Le légendaire tzar Samuel (976-1014) a lutté durant toute sa vie pour l'unité de l'Etat bulgare. Il parvint à unir de nou­veau, pour un certain temps, le peuple bulgare; ainsi que presque toutes les tribus slaves de la Péninsule, poursui­vant ainsi, après ses grands prédéces­seurs – les hans iviguis et tzars Kroum, Préssiam, Sain Boris, Siméon-le-Grand, la grande idée de l'Empire bulgare du Moyen Age. Et cela, il faut le souligner, par des moyens tout autres que la fé­lonie fraternelle, l'asservissement et la dénationalisation par les prisons et les assassinats, pratiqués par les «yougo­slaves» actuels.

Son œuvre grandiose et héroïque n'a succombée que sous le nombre et les richesses immenses de l'Empire romain d'orient, rénové en ce moment de l'his­toire; mais au prix d'une lutte de 40 ans, aux succès changeants et pleine de tant d'énergie, d'audace, d'intrépidité, d'héroïsme qu'elle a couvert le génial guerrier et ses boliars impétueux d'une gloire immortelle. Et ce «héros national» comme l'appelle son historien français2) a laissé dans notre histoire et dans la mémoire du peuple «non seulement la

1) A. Rambaud. Etudes sur l'histoire byzantine, p. 288. 2) Schlumberger : L'Epopée Byzantine.

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figure la plus représentative de l'éner­gie bulgare, mais aussi et tout particu­lièrement le précurseur et, si l'on peut dire, le prophète couronné de la pen­sée et de l'idéal patriotique du peuple bulgare».1)

La ville d'Ochrida qui devint par la force des événements historiques la ré­sidence impartiale, devint aussi le siège du Patriarcat bulgare. Après la chute de l'Empire de Samuel, le Patriarcat fut confirmé par trois édits de l'empereur de Byzance victorieux dans ses droits et prérogatives. Ce qui prouve mieux que tout autre fait et document de quel pres­tige était entourée l'Eglise bulgare, ainsi que la ville même d'Ohrida élevée à une si grande hauteur par les Saints Clé­ment et Naoum et devenue cette fois l'unique centre de l'Eglise nationale et le seul foyer intellectuel et moral de tous les pays bulgares et des pays voi­sins se trouvant sous son influence et dont plusieurs diocèses (de Serbie, Valachie, Moldavie, Hongrie, sans parler de l'Albanie, à cette époque toute slavisée et considérée bulgare) se trouvaient pen­dant longtemps directement sous sa ju­ridiction.

Et c'est «ce rôle prédestiné, dit un his­torien, que la Macédoine continuait à remplir dans la conservation de l'esprit et de la conscience bulgare» que plus tard, sept siècles et demie après, en 1767, le Patriarcat grec de Constantinople qui

1) S. Radev: La Macédoine.

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s'était transformé définitivement au commencement du siècle (le XVIII-e) en institution d'hellénisation, a réussi par l'aide des autorités turques ignorantes et vénales à éteindre en supprimant – simultanément avec le Patriarcat serbe d'Ipek (Kossovo) – le Patriarcat bulgare d'Ohrida.

Ce sont les Bulgares macédoniens qui se révoltent les premiers contre la do­mination byzantine sous la conduite de Pétâr Délian, neveu du tzar Samuel. Le centre de cette insurrection fut la capi­tale Skopié «l'antique métropole de leur race»*) Trente ans après cette insur­rection, une seconde éclate de nouveau à Skopié, sous la conduite des boliars bulgares de Skopié et de leur chef Guéorgui Voïtèche.

En général, tous les grands mouve­ments, excepté celui mené par les deux frères Assèn pour la libération du peuple bulgare du joug byzantin, et au succès duquel a contribué grandement la situation géographique, ont eu leur origine en Macédoine qui était appelée, à cette époque-là, «la Bulgarie», ainsi que le prouvent tous les documents offi­ciels byzantins aussi bien que tous les chroniqueurs du temps.

Le mouvement bogomil

Ce mouvement prit naissance de la secte des Manichéens qui le transpor-

*) Schlumberger : L'Epopée Byzantine.

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tèrent d'Arménie en Byzance, puis cette hérésie passa de Byzance en Bulgarie où elle se développa dans les circons­tances locales, s'adaptant aux condi­tions politiques, sociales et économiques de la Bulgarie en cette époque, péné­trant dans les pays slaves: Bosnie, Croa­tie, Tchécoslovaquie, Pologne, ainsi qu'en Italie, dans la France Méridionale, en Allemagne où il passait sous différents noms: cathares, albigeois, bonshommes, patarénes, bulgares, valdens, foundaïtes, babounes, etc.

Bien qu'on ne sache pas exactement l'endroit où vécut Pop Bogomil, ni son origine, il est toutefois prouvé que c'est la Macédoine qui fut la patrie et le foyer du bogomilisme. A Prilep, dans la mon­tagne Babouna, où jusqu'à présent un village porte le nom de Bogomila, il y avait une commune bogomile, dit Jirecek (Histoire des Bulgares, p. 280). Les sa­vants R. Karolev, Pétranovitch, Miletitch, Iv. G. Klintcharov et d'autres le soutiennent. Nous pouvons alors admettre que le promoteur de ce mouvement serait également originaire de quelque ville ou village de la Macédoine du sud-ouest. Or la tradition rapporte que Pop Bogomil serait natif du village de Bogomila, situé dans les contreforts nord-est de la montagne Babouna, dans le lieu dit Azot, région de Vélès.

Ce mouvement, qui fut la conséquence de la réaction contre la décadence mo­rale et l'autocratie politique de Byzance et qui a joué un très grand rôle dans la

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vie des Bulgares depuis leur conversion au christianisme, a eu une grande signification non seulement pour les Bulga­res, mais pour l'Europe occidentale et même pour toute la chrétienté.

Il prépara le terrain au mouvement connu sous le nom de La Réforme, qui régénéra l'Europe alors encore envahie par le mysticisme sombre du Moyen Age et fraya le chemin vers la civilisation brillante dont le rayonnement se répan­dit sur le monde entier.

L'influence de ce mouvement politico-social qui devait revêtir inévitablement, à cause du caractère mystique de l'épo­que où il a apparu un caractère religi­eux, s'exerça aussi puissamment sur les nouveaux mouvements sociaux, ceux après la grande révolution française liée elle-même par l'intermédiaire de La Réforme au bogomilisme.

Le savant autrichien Seider s'est con­sacré à l'étude de ces mouvements qui sont principalement d'origine slave; il est parvenu à établir le lien direct et l'origine des mouvements slaves: du husisme en Tchécoslovaquie, du mysticisme en Pologne, du tolstoïsme et du bolchévisme en Russie avec le bogomilisme en Bulgarie.

Il n'y a aucun doute qu'à la suite de l'intérêt croissant pour l'étude de ce mouvement politico-social si important qu'est le bogomilisme, on reconnaîtra le rôle joué par la Bulgarie, et surtout par la Macédoine, où ce mouvement prit son origine, dans les étapes les plus consi-

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dérables de la marche ascendante de la civilisation générale de l'humanité.

La conservation des monuments histo­riques et des foyers de culture nationale.

La riche et prestigieuse culture de la Bulgarie ancienne dont nous navons donné qu'une image insignifiante et qui avait d'autant couvert presque toute la Péninsule, ainsi que les Etats voisins qui en étaient influencés, de ses monuments, de ses livres, icônes et fresques, de ses souvenirs enfin, a eu durant les siècles la plus triste, la plus tragique destinée.

La barbarie destructive turque qui avait submergé le Proche Orient et noyé tout ce qui a été culture visible et saisissable ; la rage hellénisatrice des Grecs qui s'insinuait partout et qui par le feu ou le venin effaçait inlassablement tout ce qui pouvait rappeler ou revivre de ce passé brillant, continuant de nos jours même en Macédoine et la Thrace son œuvre démoniaque ; l'envie et la ri­valité historiques plus venimeuses encore des Serbes, frères par la race et la langue écrite qu'ils ont adaptée de nous, falsifiant tout ce qui en était sauvé ou resté indestructible, hier dans le pays de la Morava Bulgare, aujourd'hui en Macédoine, ne nous ont laissé du riche patrimoine que des miettes que des ef­forts inhumains de plusieurs générations ne réussit qu'à dessiner le linceul du glo­rieux défunt.

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Et c'est encore la Macédoine qui en a conservé les plus anciens monuments qui ont pu par miracle ou par le trop de besogne des ennemis enragés et bar­bares. C'est notamment: L'inscrip­tion du Mont Athos (980); celle sur la pierre tombale du tzar Samuel (993), qui se trouve sur le tombeau de la famille royale au village de Guerman, région de Prespa; l'inscription de Varoche (996) au monastère de St. Arhanguel, près du vil­lage de Varoche, région de Prilep.

Aussi bien que les fameux monastères où a pu se réfugier un souffle de l'âme bulgare et par là servir de foyers de la culture nationale et joué le rôle de ré­surrection de la race bulgare. C'est en Macédoine que se trouvent les mo­nastères de Zographe et de Hilendar au mont Athos, celui de Bigor dans la région de Débar, les monastères de St Naoum dans la région d'Ochrid, de Treskavetz dans la région de Prilep, de Prétchista dans la région de Kitchévo, de Ptchinia, d'Ossogovo, de Lesnovo dans la région de Skopié, ainsi que celui le plus célèbre du Rila.

La Macédoine a donné aussi nombre d'éminents hommes de lettres pendant l'époque sombre du joug turc, c'est-à-dire du XTV-e au XVIII-e siècles, au Père Païssy, vrai prophète de la nation et annonciateur de la renaissance bul­gare dont les premiers et les plus illus­tres pionniers proviennent de la Macé­doine. C'est de la Macédoine que sont originaires: Stanislas de Kratovo

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(1350), Issaïa, moine de la région de Sérès (1371), le diacre Dimitâr, de Kra-tovo (1460), Vladislav Gramatik (1466), du village de Gégliovo (région de Koumanovo), le moine-prêtre Vissarion (1547) de Débar, Hristo Gramatik, des villages de Tikvèche, le moine Stefan de la région de Skopié, etc.1)

LE RÔLE DES MACEDONIENS DANS LA RENAISSANCE DU PEUPLE BULGARE

La renaissance spirituelle

C'est également en Macédoine que s'est déclanché plus tard le mouvement pour la renaissance du peuple bulgare. Le pre­mier historien bulgare, le Père Païssy, qui dans la seconde moitié du XVIII-e siècle réveilla la conscience nationale des Bulgares, naquit en 1721 en Macé­doine (région du Nord). En 1741 Christophore Géfarovitch, né à Doïran, publia à Vienne son livre intitulé «Stématographie» contenant les armoiries de la Bul­garie et les monogrammes des saints bulgares. C'est également un Bulgare de Macédoine, Hadji Iakim Kartchovski (du village d'OsIomévo, région de Kitchévo) qui, le premier, publia déjà en 1814 des livres en langue populaire bulgare, Kiril Péitchinovitch, originaire de la Macé-

1) A. p. Stoïlov. Nos écrivains et tra­ducteurs du XIV au XVIII siècles, dans la revue «Bâlgarska Sbirka». An. XVIII. 1911.

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doine du nord-ouest (village de Téartzi, région de Tétovo) continua l'introduc­tion de la langue populaire dans la litté­rature. Néophite Rilski, le père des péda­gogues et philologues bulgares et l'au­teur de la première grammaire bulgare, est aussi un Macédonien (du village de Bansko, région du Razlog). La première imprimerie bulgare fut créée aussi en Macédoine, à Salonique, au XIX-e siècle par Hadji Pop Théodossi, de Doïran. En­fin la Macédoine donna naissance aux premiers folkloristes du peuple bulgare, les frères Dimitâr et Constantin Miladi-novi, de Strouga.1)

Le professeur A. Théodorov-Balan a donc parfaitement raison d'affirmer que les principales initiatives culturelles du peuple bulgare viennent de la Macé­doine. Le christianisme, les lettres, la re­naissance, le premier livre bulgare, la première imprimerie bulgare viennent du Sud, de la Macédoine, pour se répandre ensuite au Nord. Cette assertion du dis­tingué professeur est appuyée par le sa­vant folkloriste bulgare A. P. Stoïlov dans son livre «Les écrivains bulgares de Macédoine» dans lequel, à côté des noms que nous avons mentionnés plus haut, l'auteur cite ceux de Natanaïl, métropo­lite d'Ochrid et de Plovdiv (natif du vil­lage de Koutehévichta – région de Skopié), du métropolite Parteni (du village de Gahtchnik, région de Débâr) ainsi quelles noms de Tordan Hadji Constan-

1) Yordan Ivanov, «Les Bulgares en Macédoine», 1915, p. LXXXIII-LXXXV.

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tinov Djinot, de Vélès, Grigor Parlitchev, (poète couronné à Athènes) d'Ochrid, Iossif Kovatchev, de Chtip, Xénophonte Kaïko Jinzifov, de Vélès, etc. jusqu'en 1878, en tout 27 écrivains, dont 12 ecclé­siastiques.

La lutte contre la domination spirituelle des Grecs

La Macédoine eut la première un évêque bulgare. En effet, c'est la Macédoine qui commença la première la lutte con­tre les Grecs pour la liberté de l'église bulgare. La ville de Skopié avait déjà en 1828 donné le signal pour chasser les prélats grecs. Le règlement de la ques­tion de l'Eglise bulgare se trouvait en­travé par les calomnies et les intrigues incessantes du patriarcat grec devant les autorités turques. Il fallait une nouvelle impulsion à la lutte; elle vint de nou­veau de la Macédoine. En 1858, les Bul­gares de Koukouche introduisirent la langue bulgare à l'église et demandèrent un évêque bulgare. Comme le patriarcat ne donnait pas satisfaction à cette de­mande, les habitants de Koukouche adressèrent le 22 juillet 1859 une requête au Pape Pie IX, demandant un évêque bulgare, sous certaines conditions, en s engageant par contre à reconnaître l'union avec la papauté. Cet épisode ca­ractérise le mieux la lutte tenace menée par les Macédoniens pour leur église, école et langue nationales. La démarche des habitants de Koukouche effraya le

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patriarcat qui, pour conjurer une union avec le Pape, nomma en 1859 Parteni Zografski à la tête de l'évêché de Kou­kouche. Ainsi donc la ville de Koukouche, au prix de sacrifier ses conviction reli­gieuses uniquement pour conserver son caractère national, réussit à faire nom­mer un Bulgare à la tête de son évêché. Nombreuses sont également les autres villes de la Macédoine où la langue et l'alphabet grecs étaient inconnus. Vélès, Prilep, Tikvèche et d'autres villes et mo­nastères en Macédoine s'étaient toujours servi dans leurs églises et écoles de la langue bulgare («Les Macédoniens dans la vie culturelle et politique de la Bul­garie» 1918).

Les luttes contre la domination turque.

Les Bulgares de Macédoine ont non seulement mis leur intelligence et leur énergie au service du mouvement de re­naissance du peuple bulgare et de con­solidation de l'Etat bulgare, mais offri­rent en sacrifice leurs vies pour la réali­sation de cet idéal.

C'est aux environs de 1860, avant mê­me que la question de l'Eglise bulgare fût résolue, que commença le mouvement révolutionnaire pour la libération politi­que de la Bulgarie. De nombreux Macé­doniens prirent part à cette lutte. La «tchéta» dé Philippe Totiu (1862-1867 et 1876) comprenait un grand nombre de Macédoniens de Tikvèche, Pehtchévo, Vêles, Ochrid, Méhomia, Koumanovo, Bi-

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tolia, Débâr. Dans la tchéta de Hadji Di­mitâr et Stéfane Karadja en 1868 en­traient des Bulgares de Bitolia . (Spira Djérov), de Koumanovo, Vélès, Prilep,. Koukouehe, Vodèn, Skopié, Gorna-Djoumaïa. La tchéta de Hristo Botev grou­pait des révolutionnaires de Tétovo, Nevrokope, Kriva-Palanka, Ochrid, Sérès. Le père Ilio Markov, de Bérovo, et Hristo Makedonski, du village de Gorni-Todorak (région de Koukouehe) devien­nent même des voïvodes. Guéorgui Izmirliev-le-Macédonien, de Gorna-Djoumaïa, est le chef principal et l'organi­sateur du mouvement révolutionnaire dans le département de Trnovo en 1875. Les habitants reconnaissants de Gorna-Djoumaïa ont élevé un monument à sa mémoire. Après l'insurrection en Thrace (19 avril 1876), les Bulgares de Macé­doine s'insurgèrent également. Le dra­peau du principal voïvode Dimitâr Pop Guéorguiev, du village de Bérovo, a été brodé à Salonique par Stanislava, fille de la célèbre institutrice macédonienne Nédélia Petkova.

LE ROLE DES MACEDONIENS DANS LA VIE DE LA BULGARIE CONTEMPO­RAINE

La libération de la Bulgarie

Parmi les volontaires bulgares qui pri­rent part à la guerre de libération rus­so-turque de 1877-78 dans 6 bataillons de volontaires qui couvrirent de gloire le

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drapeau de Samara au col de Chipka, figuraient de nombreux Macédoniens. Ils étaient au nombre de 411 provenant de différentes régions de la Macédoine (Ochrid, Tétovo, Gostivar, Bitolia, Salo­nique, Koumanovo, Palanka, Nevrokope, Méhomia, Krouchovo, Kratovo, Prilep, Vélès, Débâr, Lérine, Kitchévo, Strouga, Ressèn, Chtip, Skopié, Koukouehe, etc.).

L'Union des deux Bulgaries et la guerre Serbo-Bulgare de 1885.

Des Macédoniens prirent également part à la préparation, l'organisation et l'exécution de l'acte révolutionnaire qui devait unir la Bulgarie du nord à celle du sud. Citons les noms de Dimitâr Risov, Nicolas Guénadiev, André Liaptchev, Péré Tochev, Sp. Kostov et tant d'autres. A l'attaque traîtreuse des Serbes contre l'affranchissement définitif et la réunion de la Roumélie Orientale à la Bulgarie du Nord, toute l'émigration macédo­nienne qui commençait déjà de se mas­ser en Bulgarie fuillant la terreur turque, s'est unie spontanément dans la défense du pays. Plus de 500 volontaires macé­doniens prirent part à la guerre serbo-bulgare de 1885, sans compter ceux qui furent régulièrement appelés sous les drapeaux comme officiels et soldats.

La vie politique et culturelle de la Bulgarie.

Les Macédoniens ont toujours pris une part active dans toutes les manifesta-

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tions de la vie en Bulgarie. Il n'y a pas de domaine de la vie politique ou cultu­relle où les Macédoniens n'aient pas ma­nifesté une activité féconde: littérature, journalisme, science, instruction publique, politique, finances, commerce, médecine, arts appliqués, etc. Ainsi, la Macédoine a donné à la Bulgarie : S ministres, 20 diplomates, 70 députés, 10 évêques, 15 professeurs dUniversité, environ 100 sa­vants, écrivains et publicistes, 35 pein­tres, sculpteurs, musiciens, artistes dra­matiques et d'opéra, 30 fonctionnaires supérieurs dans le domaine de l'instruc­tion publique, 150 magistrats, juges et avocats en vue, environ 100 hauts fonc­tionnaires, 80 médecins du plus grand renom, 40 ingénieurs et architectes con­nues, 800 officiers, dont 8 généraux, 31 colonels, 56 lieutenant-colonels. En outre 1568 instituteurs, 200 ecclésiastiques et plus de 5.000 autres fonctionnaires des différents services d'Etat. Nous nous per­mettons de citer quelques noms de Ma­cédoniens qui ont occupé pendant les dernières quelques années des postes de direction dans différents instituts, éta­blissements, organisations politiques, etc. en Bulgarie.

Dans les différentes facultés des Uni­versités de Sofia, celle de l'Etat et l'au­tre – l'Université Libre, y figurent plu­sieurs savants Macédoniens dont le plus considéré L. Milétitch, une grande au­torité dans la philologie slave, et qui a été aussi recteur de l'Université. C'est lui qui est aussi le président de l'Académie

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Bulgare des sciences, ainsi que du Haut Institut Macédonien, dont il dirige la «Revue Macédonienne». Il faut néces­sairement citer à côté de lui les profes­seurs des plus en vue M. Ghéorgov, 1. Ivanov, D. Michaïcov, M. Arnaoudov etc. Feu A. P. Stoïlov fut directeur du Musse National d'Ethnographie; St. Kostov, qui l'a remplacé à la direction du même Musée; A, Protitch, directeur du Musée National d'Archéologie, dont la section de numismatique, la plus impor­tante du musée, est dirigée par le pre­mier et le plus connu numismate chez nous Mouchmov, de Strouga. Directeur de l'Ecole Coopérative – le professeur D. Machaïkov. Le prof. I. Ivanov, ac­tuellement occupant la chaire de la lan­gue bulgare à l'Ecole nationale des lan­gues vavintes à Paris.

Au Ministère de l'Instruction publique : le secrétaire général fut Ph. Manolov ; P. Martoulkov est le chef de la section de l'instruction secondaire; Iv. Dorev – inspecteur général de l'instruction; di­recteurs du 1-er lycée de garçons – Raev, Kreustev; 1-er lycée de jeunes fil­les – Antonov; du 2-ème lycée de jeunes filles T. Veltchev; du 3-mè lycée péda­gogique de jeunes filles – Christophorov; ainsi que ceux des 2-e. 6-e, 7-e, 8-e, 13-e, 15-e, 17-e et 18-e prolycées de Sofia sont des Macédoniens; le directeur de l'Ecole professionnelle de Sofia – P. Martoul­kov: le chef de la section de l'Enseigne­ment professionnel au Ministère du Commerce, de l'Industrie etc. K.

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Christov, celui de la section du Com­merce – VI. Kadev; le directeur de l'Im­primerie Nationale – A. Makédeosky aussi.

Au Saint-Synode de l'Eglise: le secré­taire général Chr. Popov; les recteurs des deux séminaires ecclésiastiques sont les Macédoniens I'évêque Panarète à Plov­div et l'archimandrite Boris à Sofia.

Le président de la Cours de Cassation après y avoir été de très longues années, son procureur général – Iv. Karandjoulov; le présideit du Tribunal de première instance à Sofia II. Alexandrov et II. Tchaïlev; le procureur du même Tribu­nal – Tchaïlev, sous-procureur – V. Tatartehev.

Le directeur de l'Institut Hygiénique – le Dr Rouménov; le premier bactériologue l'élève de Pasteur, le fondateur et le directeur de l'Institut Bactériologique d'Etat à Sofia – le Dr M. Ivanov.

Si nous pénétrons dans le monde de la politique et de la presse, nous y trouve­rons de nombreux Macédoniens.

Le chef du plus important groupe de l'Entente démocratique, c'est M. A. Liaptchev; le leader des communistes fut D. Blagoev; des socialistes – le Dr Djidrov; des radicaux Il. Ghéorgov; le chef des nationaux-libéraux – le Dr N. Ghénadiev; le leader des libéraux le Dr Iv. Chr. Popov; l'éminent fondateur et chef du parti démocratique et un des princi­paux artisans de la Bulgarie nouvelle, Petko Karavélov, né à Koprivchtitza, dont ie frère aîné Lubèn fut le célèbre

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apôtre de la révolution politique et écri­vain distingué, sont d'origine macédo­nienne, de même que les défunts Traïko Kitantchev et Mikhaïl Takev (celui-ci est né à Pechtéra). Feu Dragan Tzankov, né à Svichtov, fondateur avec Petko Kara­vélov du premier parti libéral en Bul­garie, puis fondateur du parti d'union russophile, dont feu A. Radev, natif de Bitolia, fut un des membres en vue, est aussi d'origine macédonienne.

La presse quotidienne de la capitale compte beaucoup des Macédoniens. Les plus en vue sont: le directeur du jour­nal «Slovo» N. Milev, rédacteur G, Koulichev, du journal «Zora» D. Kraptchev; de «La Bulgarie» Chr. Silianov, rédacteur St, Siméonov; du jour­nal «Znamé» – V. Paskov; du journal «Préporetz» – A. Liaptchev; du journal «Napred» – le Dr Djidrov; directeur de l'entreprise des quotidiens «Outro», «Dnevnik», «La Semaine Illustrée» – St. Tilkov; rédacteur au journal «Le Radi­cal» – II, Ghéorgov; du journal «Nézavissimost» – D. At. Rizov; les rédacteurs aux quotidiens «Svobodna Retch» – G. Koulichev; au «Mir – D. et Oh. Barzitzov. D'autres Macédoniens rédigent les jour­naux hebdomadaires macédoniens «La Macédoine Indépendante», «Ilindène», «Oustrèm», réunis aujourd'hui dans le quotidien «La Macédoine».

Dans la presse périodique: des savants Macédoniens rédigent l'importante «Revue Macédonienne», et éditent une Bibliothèque macédonienne; G.Traïtchev

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rédige une autre Bibliothèque macédo­nienne; le prof. M. Arnaoudov rédige l'importante revue «Bâlgarska Missâl»; T. Trayanov – la revue littéraire sym­boliste «L'Hypérion»; P. Marmev rédige la revue illustrée macédonienne «Ilindène»; d'autres rédigent la revu «Rodina»; le prof. A. Balabanov, le fondateur du premier journal littéraire en Europe «Le Razvigor».

Une petite enquête dans le monde des éditeurs de livres d'école révelle com­me meilleurs ayant réuni les approba­tions du corps enseignant du pays pour l'enseignement de la langue Bulgare ceux des instituteurs macédoniens D. Mirtchev, Iv. Dorev et Kl. Karagulev; pour les mathématiques – ceux de P, Martoulkov; pour les sciences naturelles – de Tzonev; et surtout ceux de l'algèbre et des recueils algébriques, de la Phy­sique dus à M. Iv. Boyadjiev, Bl. Dimi-trov, G. Raev.

Une enquête dans le domaine des hau­tes sphères intellectuelles nous permet­tra de mettre à jour l'origine macédo­nienne de l'auteur immortel de «Baï Ganio», qui est un descendant d'émi­grés macédoniens établis à Sistov. C'est de ces mêmes émigrants que descendent de nombreuses familles apparentées à celle d'Aléko Constantinov, notamment la famille du caricaturiste bien connu A, Bojinov, qui a, d'ailleurs, un tempéra­ment macédonien de pur sang, la famille du prof. Dr Iv. Chichmanov et son fils D. Iv. Chichmanov, homme de let-

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tres, la famille de l'éminent diplomate Dr D. Stanciov et sa fille Lady Muir.

Parmi les plus éminents Macédoniens en Bulgarie il convient de citer: le poète T. Trayanov, chef de l'école symboliste, St. Kostov, auteur dramatique, P. Naoumov, un des plus illustres pionniers de l'art musical bulgare qui avec feu St. Mikhaïloff compte parmi les fonda­teurs de l'Opéra National Bulgare, A. Strachimirov, le premier et le plus pro­fond, après St. Mikhaïlovsky, des écri­vains bulgares vivants.

Comme historiens, il faut mentionner M. Balastchev, les professeurs I. Ivanov, P. Blagoev, Iv. Snégarov; I. Vénédikov, historien militaire, S. Radev, historien popularisateur brillant, D. T. Strachimi­rov, historien de l'époque révolution­naire, Nicolas Mileff etc.

Une petite excursion dans les chancel­leries diplomatiques nous permettra d'établir l'origine macédonienne: 1) de M. Siméon Radev (Ressèn), ministre de Bulgarie à Washington; 2) M. Pantcho Hadjimichev (Salonique), ministre de Bulgarie à Londres; 3) M. Gotzé Radev (Bitolia), ministre de Bulgarie à Rome; 4) M. Poménov (Prilep), ministre de Bulgarie à Bucarest; 5) M. Jivko Dobrev (Plevlia, région de Drama), ministre de Bulgarie à Athènes, occupant actuelle-nt le poste de secrétaire général des affaires Etrangères; 6) M. Thodor Pavlov (Skopié), ministre de Bulgarie à An­gora; M. VI. Robev (Bitolia) ministre de Bulgarie à Varsovie; D. Rizov, homme

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politique marqué et Dr K. Poménov, an­ciens ministres Plén.; T. Karaïovov, N. Rizov, P. Dorev, a. député au Parlement ottoman, anciens chargé d'affaires. Feu Drandarov, historiographe, de Vélès, était conseiller aulique du Roi Ferdinand; VI. Drandarov, secrétaire de Légation, chef de la chancellerie du Palais; D. A. Naoumov, secrétaire du Roi Boris, actuelle­ment premier secrétaire à la Légation de Londres. Feu Dr N. Guénadiev (Bitolia) le distingué homme d'Etat doué d'un rare talent'orataire, fut ministre des Af­faires Etrangères et son frère Haryton Guénadiev, publiciste, organisateur et premier directeur du Bureau de la presse, suivi par les macédoniens N. Milev, T. Pavlov, sous-directeurs N. Rizov, N, Antonov, actuellement correspondant du «Times», Tr. Popov, chef de l'Agence Télégraphique Bulgare.

C'est aussi le cas de la plupart des ins­titutions de caractère international.

La Délégation de la Bulgarie à la Com­mission Mixte Gréco-Bulgare pour l'é­change des populations respectives a à sa tête VI. Robev, Macédonien; la plu­part de ses adjoints le sont aussi. L'ins­pectorat, créé auprès de cette commis­sion, en application du protocole gréco-bulgare pour les minorités grecques, au corollaire duquel concernant les minori­tés bulgares en Macédoine, la Grèce a brillamment manqué, est également con­fié à un Macédonien – N. Rizov.

La Direction de la Dette Publique a de­puis longtemps à sa tête le mathémati­cien apprécié l' a. prof. N. Stoyanov.

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C'est lui encore qui est le chef, délé­gué du Ministre des Finances, au Com­missariat Bulgare pour les réparations. Ses collaborateurs – M. Iv. Boyadjiev, aux réparations, même D. Chichmanov, aux arbitrages, B. Diamandiev, à la compta­bilité, sont tous aussi des Macédoniens.

Rappelons enfin que les rênes du gou­vernement en Bulgarie sont confiées de­puis quelques années à M.André Liaptchev, président du Conseil, originaire de Ressèn (Macédoine Centrale).

Tous les faits et données objectifs qui ont été exposés jusqu'ici permettent de se faire une idée, de porter un jugement sur les aptitudes spirituelles des Bulgares de Macédoine, depuis les temps des Saints Cyrille et Clément à nos jours.

Si les capacités spirituelles supérieures incontestées des Macédoniens n'ont pu se faire manifester durant les derniers siè­cles surtout les dernières décades du joug turcs et celui plus terrible encore des Serbes et Grecs dans une mesure plus large et dans les sphères plus hautes de l'intellectualité, de la pensée et du senti­ment, cela devrait être attribué, sans doute et conteste, à la terrible lutte qu'ils ont dû mener et doivent encore surtout présentement continuer pour la con­servation physique des individus et de nation d'une terreur politique, écono­mique et sociale qui devient journelle­ment plus monstrueuse! Cette lutte à vie ou à mort, engageant les plus fortes in­dividualités, continue à faire dévier des

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hautes prédestinations l'élite de la na­tion, de cette Macédoine qui fut de tout temps, indépendamment de l'origine eth­nique de ses populations, nourrissière des grands hommes et laquelle, pour honte de la civilisation, ses plus illustres représentants tiennent condamnée à une servitude dégradante et voracière.

LES MACEDONIENS POUR LA LIBERTE DE LEUR PAYS

Les luttes révolutionnaires.

L'indignation des Bulgares en Macé­doine des décisions prises au congrès de Berlin se traduisit bientôt en véritable conflit armé. Au cours de l'automne 1878 une insurrection en masse éclata dans la vallée de la Strouma, avec com­me centre principal le village de Kresna, et dans le Razlog, avec comme centre Je village de Bansko. Des organisations conspiratives furent créées en Macédoine occidentale, notamment à Skopié, Koumanovo, Vélès, Prilep et Ochrid. Le mouvement révolutionnaire se manifesta d'une façon tout particulièrement active en 1880 dans la région de Prilep et d'Ochrid, dirigé de son centre d'organi­sation à Bitolia.

La fameuse V. M. R. O.

Voyant, d'une part, le traitement poli­tique et économique inhumain auquel était soumise la population macédoni­enne et, d'autre part, les entraves qu'on

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faisait, à son développement culturel, les intellectuels macédoniens décidèrent en

1803 de réorganiser le mouvement révo­lutionnaire existant sur des assises so­lides. C'est ainsi que fut créée l'Organi­sation Révolutionnaire Macédonienne In­térieure qui continue aujourd'hui encore, 34 ans après, la lutte désespérée et inégale contre la domination des régimes oppres­seurs. La manifestation la plus éclatante de l'esprit d'indépendance des Macédo­niens est certainement l'insurrection d'Ilindèn (1903), glorieuse épopée qui ébranla les fondements de l'Empire sé­culaire des Turcs et gagna aux Macédo­niens la sympathie du monde civilisé. Les sacrifices énormes de toute sorte crue la population macédonienne a con­sentis et consent encore pour obtenir une vie libre et indépendante et pour conserver sa langue et sa nationalité, illustrent suffisamment ses vertus: ar­dent patriotisme et profond amour de la liberté et de l'indépendance. Les innom­brables exploits, dont ceux de Gavazov et de Tchemkov à Prilep, en 1898, le suicide des membres de la tchéta de Patchev au village de Kadino en 1902, l’affaire de Vinitza, etc. etc. en disent assez.

Cette lutte grandiose pour la liberté de la Macédoine menée par ses enfants dévoués qui n’a pas cessé jusqu'aujourd'hui ni cessera, tant que les Macédoniens gémi­ront sous une terrible oppression et qui a légué à la postérité une foule des noms légendaires, a trouvé dans la per-

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sonne d'un étranger, le Français d'Espagnat, un auteur inspiré qui l'a décrite dans son roman «Avant le massacre», œuvre qu'il a créée peu avant sa mort prématurée.

Les guerres pour l'unité de la nation bulgare

Le 5 octobre 1912 arriva le moment pour la libération de la Macédoine. Tous les Macédoniens qui se trouvaient en Bulgarie et y avaient fait leur service militaire regagnèrent leurs unités dans l'armée bulgare. Ceux qui ne figuraient pas dans les listes de conscription s'empressèrent de s'engager comme volon­taires et formèrent, au nombre de 14.670, le corps connu sous le nom d' « opâltchénié » de Macédoine et d'Andrinople. Ils, brûlaient d'impatience pour entrer en lutte avec l'ennemi séculaire. Et ils se distinguèrent à la guerre. Le corps de volontaires macédoniens, commandé par des officiers macédoniens, s'empara de Gumurdjina, participa à la capitulation du corps de 10.000 hommes commandé par Yaver pacha et lutta pour repousser la descente des Turcs dirigée par Enver pacha près de Char-Keuy. D'autre part, les tchéti de l'organisation révolution­naire intérieure désorganisèrent, par leurs actions hardies l'arrière de l'enne­mi et rendirent pas mal de services aux alliés grecs et serbes. C'est avec un plus grand acharnement encore que le corps de volontaires macédoniens lutta contre les nouveaux dominateurs, les Serbes, à

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Sultan-Tépé au cours de la seconde guerre balkanique.

La nouvelle de la grande guerre fut accueillie avec non moins d'enthousiasme par les Macédoniens. Lorsque fut décré­tée la mobilisation bulgare, les émigrés macédoniens s'enrôlèrent en grand nom­bre et formèrent une grande armée de volontaires. Cette armée avait, au 16 septembre 1915, un effectif de 33.764 hommes. La plupart des officiers qui faisaient partie de cette armée étaient macédoniens. Les Macédoniens luttèrent courageusement près de Tétovo, à Krivoiak, Bogdantzi, Bélassitza jusqu'à la fin de la guerre. Les Macédoniens qui s'étaient antérieurement encore établis en Bulgarie, au nombre de 22.445, prirent part à la guerre comme soldats ordinai­res dans les différentes unités de l'armée bulgare. Si l'on y ajoute les nouveaux contingents qui s'enrôlèrent sous les dra­peaux après la libération de la Macé­doine, le nombre total des Macédoniens qui prirent part à la guerre a été d'en­viron 80.000 soldats et sous-officiers et 755 officiers.

LES MACEDONIENS ET LEUR CULTURE ACTUELLE

Les progrès accomplis dans l'agriculture

C'est il y a 45 ans de cela, lorsque pour la première fois, deux agriculteurs de

Prilep, m. Hadji Iliev et Dimé Korov, in­troduisirent une charrue en fer type

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américain. Etant donné que ce type de charrue s'avéra inutilisable pour le sol de cette région, un simple forgeron au nom d’Itzo Gavazov (père du révolution­naire Yordan Gavasov) se chargea de l'adapter en le transformant en charrue connue depuis sous le nom de type ma­cédonien (1). Depuis lors tous les forgerons se mirent à construire des charrues de ce type qui finirent par se répandre dans toute la Macédoine.

Qui encouragea l'agriculteur macédo­nien? Est-ce l'Etat ou des particuliers] qui lui recommandèrent de se servir de] cet instrument agricole moderne? Y eut-t-il des agronomes, des chaires ou des conférences qui propagèrent l'idée du labour moderne? Qui donna l'exemple à Itzo Gavasov pour opérer cette transformation? Personne. L'inventeur et la population rurale en Macédoine étaient des gens simples. Où faut-il chercher alors les raisons de ce progrès culturel parmi les Bulgares de Macédoine? Uniquement dans leur intelligence innée. Nous ver­rons plus loin comment se sont dévelop­pées ces qualités intellectuelles des Ma­cédoniens.

L'architecture et les travaux d'art

Pendant la guerre balkanique, tous les officiers et fonctionnaires civils serbes s'étonnèrent des belles constructions

1) Le vali de Bitolia fit don à l'inven­teur d'un terrain de 10 décares dans la région de Prilep à titre d'encouragement.

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qu'ils trouvèrent dans les localités occu­pées par eux en Macédoine. Il y avait en effet de quoi s'étonner. Les villes de Skopié, Prilep, Bitolia et d'autres, de mê­me que de nombreux villages tels que ceux de Guiavat-Kol (région de Bitolia), Prespata, etc. et quantité de villages dans la région de Démir-Hissar pou­vaient s'enorgueillir de très beaux bâti­ments hygiéniques fort bien construits. On pouvait y voir des bâtiments d'écoles hygiéniques et aménagés selon les exi­gences de la pédagogie, de belles églises et de grands monastères, des chaussées et des ponts construits suivant le dernier mot de la science. Quels ont été les ar­chitectes, les ingénieurs, les techniciens qui réalisèrent ces constructions? Des spécialistes diplômés? Non, des gens simples dans la pleine acceptation du mot, des gens qui n'avaient pas même passé par une école, encore moins suivi des cours spéciaux ou travaillé sous la conduite de spécialistes. Ils apparte­naient à la grande famille portant le nom de Chkatrov, les architectes qui construisirent tout le réseau de chaus­sées et les fameux ponts en pierre du vilayet de Bitolia. C'étaient des gens simples qui se servaient de coche pourgler leurs comptes. Kosta Laoutzov a construit plus de 50 églises et monastère dans la région de Prilep. Il est éga­lement l'auteur de la tour de l'horloge, haute de 55 m. qui s'élève sur une des places de Prilep. Cette tour a été cons­truite en 1830 et n'a pas sa pareille dans

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toute la péninsule balkanique. Hristid Taslamatchev a construit le bâtiment d'école de Prilep, qui rappelle le gymnase de Plovdiv. Des maîtres de Smilévo cons­truisirent les konaks et les palais des pa­chas ainsi que nombre d'autres bâtiments à Bitolia. L'architecte de la nou­velle église au couvent du Rila a été un maître de Kostour. Le célèbre architecte autodidacte de la 1-ère moitié du XIX-e siècle Andréa, avec ses frères, qui a construit les trois magnifiques églises de; Saraévo, Niche et Sofia, est originaire de la région de Débàr. Tous ces constructeurs ont été des personnes sans aucune instruction spéciale et sans connaissan­ces théoriques. Les œuvres qu'ils ont lais­sées indiquent leurs capacités innées.

La peinture et l'iconographie

Qui ne sait pas que toutes nos anciennes églises et celles qui ont été cons­truites il n'y a pas longtemps encore ont été décorées par des peintres et sculpteurs sur bois macédoniens. La plu­part de ces peintres proviennent de la région de Débàr et tout particulièrement des villages de Lazaropolé, Garé et Tressantché. Ces peintres, comme d'autres encore, tels que Ioan Zugrapho et Adamtché Zugrapho, ne possédaient pas les moindres connaissances théoriques indis­pensables, ils n'avaient jamais étudié et eu des maîtres au contact desquels ils auraient pu apprendre. Ils ont étudié auprès de leurs pères dont les connais-

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sances avaient été acquises par tradi­tion et par la pratique. Ils travaillaient comme' leur inspiration leur dictait. Quel visiteur ne s'est-il pas étonné à la vue de l'élégante sculpture sur bois de l'iconostase de l'église cathédrale de Skopié, construite en 1830, ou le superbe iconostase de l'église de l'Annonciation de Prilep, construite en 1838? Quel vi­siteur n'a pas admiré les iconosta­ses au monastère St. Ivan, de Sleptcha, au monastère de St Ivan Bigor ou à l'église de St Ilia à Débàr.

A l'église de la Ste Vierge à Pazardjik se trouve l'iconostase la plus remarqua­ble en Bulgarie. Elle est l'œuvre d'un maî­tre de «l'école de Débàr». M. A. Protitch, ancien directeur du Musée National de Sofia, écrit dans son «Guide à travers la Bulgarie»: «Au XIV-e siècle Galitchnik et ses environs sont le centre de cette école qui donna naissance aux plus belles œuvres de la sculpture sur bois et peinture qui embellissent nombre d’églises et de monastères en Macédoine et en Bulgarie». Millet affirme avec certitude qu'il existait au XIV-e siècle une école de peinture macédonienne. Cette école fut le centre d'où l'art rayonnait sur le Péloponèse et Mystra, la Russie et Novgorod. Cette école avait plutôt des attaches avec

1) L’iconostase de l’église de Prilep est l’œuvre du maître Dimitria Miak (1885)

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l' Occident qu'avec l' Orient. Une œuvre conservée de cette école, pleine de ly­risme qui a donné ce qu'il y a de pro­fondément humain dans la dogmatique byzantine, est la peinture murale au mo­nastère de Zémèn, situé à un kilomètre et demi de la gare de Zémèn sur la ligne Sofia-Kustendil. Une étude approfondie de cette œuvre macédonienne a été faite par l'ancien conservateur au Musée Na­tional de Sofia, M. A. Grabar.

L'école de Débâr (Galitchnik, Lazaropolé, etc.) de peinture et de sculpture sur bois a formé un grand nombre d'artistes qui ont parcouru de long en large toute la péninsule balkanique avec com­me centres Salonique, le Pirée, Sèr, Plov­div, Alexandrie (Roumanie), Niche et Sarajevo. On peut dire sans exagérer que la plus grande partie des églises dans la péninsule des Balkans a été peinte par des artistes appartenant à cette école. Les meilleures œuvres ont été conservées au monastère de St Ivan Bigor (région de Débâr), à celui de St Spass (Skopié), aux églises cathédrales de Sarajevo, Prizrén, Sèr, ainsi qu'il l'église de la Ste Vierge à Pazardjik, sans compter les églises ordinaires.

Le Roi de Serbie Alexandre, lors d'une visite à l'église de St Spass à Skopié, est resté émerveillé de la magnifique sculp­ture sur bois de l'iconostase, œuvre appartenant à l'école de Débâr, et a voulu qu'on appelât un artiste de cette région pour sculpter une iconostase semblable pour l'église de son palais.

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Les métiers

H faut rappeler ici les orfèvres, les forgerons, les ferronniers, les sculpteurs, les tourneurs, etc. dont les ouvrages étai­ent recherchés non seulement sur les marchés de la Macédoine, mais égale­ment loin des frontières de la péninsule balkanique. Ces artisans furent des gens simples qui travaillaient à l'aide d'ins­truments fort primitifs et qui n'avaient jamais eu la possibilité de voir des ouv­rages fruits de la technique moderne. Us travaillaient eux aussi de leur propre inspiration.

La filature de soie de Kosma Tchékov, de la région de Lérine, fut unique en son genre dans tous les Balkans et une des gloires de la Macédoine.

La femme macédonienne et l'industrie et les arts domestiques

La femme macédonienne n'est pas res­tée plus en arrière que le Macédonien. Les fameux tapis et couvertures de Prilep, broderies de Smilévo et les différents Dstumes nationaux en Macédoine en t un témoignage probant. Les costumes les broderies macédoniens ne tiennent-ils pas la première place au de vue de la richesse du coloris et l’harmonie des dessins parmi toutes œuvres de la création populaire dans les pays slaves. Les tapis de Prilep font la concurrence aux tapis réputés de Pirot et sont meilleurs que ceux de Tchiprovtzi. Les femmes de la Macédoine ont-

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elles suivi des cours spéciaux de broderie ou de tissage? Evidemment non. Elles n'ont été ni guidées par des maîtres expérimentés, ni eu la possibilité d'emprunter des motifs à des expositions, dans des musées ethnographiques ou ail­leurs. On pourrait croire que ces brode­ries si délicates et si fines sont l'œuvre de femmes qui ont fait un long appren­tissage ou de femmes aisées. La femme macédonienne qui s'occupe de la brode­rie ou du tissage n'appartient pas, ni dans les villes, ni dans les villages, à la classe aisée ou à la grosse bour­geoisie. Surtout dans les villes, ce sont surtout les femmes qui appartiennent à la classe pauvre qui travaillent pour leur propre compte ou pour le compte d'autrui à de semblables travaux. Elles ne se servent pas d'instruments perfec­tionnés ni de machines. Les instruments oui leur servent à tisser les tapis sont simples et grossiers, faits d'ordinaire par de simples menuisiers. Le banc à tisser est le plus souvent installé dans le gre­nier, quelque part dans la cour ou dans la grange.

Presque toujours la femme macédo­nienne teint elle-même le fil en utilisant des couleurs végétales. Les recettes pour obtenir des teintes claires et voyantes sont le résultat de nombreux tâtonne­ments et essais.

Les succès qu'enregistra l'industrie des tapis à Prilep furent si grands, vers la fin du régime turc surtout, que ces tapis trouvaient un placement dans toute la

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Macédoine, même à Névrokope, Drama, Sèr, Kavala, Gumurdjina, Saionique, etc. L’Exarchat porta même son attention à cette industrie dans les dernières années du régime turc et pour encourager sa production envoya en Macédoine des femmes spécialisées afin d'y diriger les travaux.

L'instruction publique en Macédoine

Faut-il citer des faits et des preuves à l'appui pour démontrer à quelle hau­teur se trouvait l'instruction publique dans les écoles bulgares en Macédoine? Des étrangers la citaient en exemple, alors qu'elle suscitait l'envie des éléments hostiles à la population macédonienne. A la vue des écoles, les consuls, voya­geurs ou autres étrangers chargés de missions en Macédoine, adressaient leurs, louanges personnellement aux institu­teurs et aux directeurs des écoles ou les consignaient dans leurs rapports ou leurs correspondances à la presse européenne. Et c'était là une fierté nationale pour la Macédoine. Les Serbes eux-mêmes s'en étonnèrent lors de leur occupation pen­dant la guerre balkanique. «C'est extra­ordinaire que chaque village ait son école» s'écriaient les fonctionnaires serbes, grands et petits. Lors de la récep­tion, après l'occupation, du prince héri­tier serbe Alexandre, aujourd'hui roi, le commandant serbe de la ville de Ressèn, Manouilovitch, nous recommanda comme «l'inspecteur et les instituteurs bulgares de l'Exarchat qui ont beaucoup fait pour

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la prospérité de l'école bulgare». Le prince nous tendit la main, mais ces pionniers bulgares de l'instruction fu­rent ensuite les premiers arrêtés le 16 juin 1913, torturés et expulsés par les autorités serbes.

L'école bulgare était exemplaire aussi bien au point de vue organisation qu'au point de vue des succès pédagogiques. Bâtiments d'école et pensionnats mo­dernes, aménagements hygiéniques, bi­bliothèques, collections, etc. Les succès que glanaient instituteurs et écoliers étaient à envier.

Qui donc fut l'artisan de cette fier­té nationale? L'instituteur macédonien. C'est lui, le travailleur le plus acharné, le plus désintéressé fils de la Macédoine, qui plaça l'école bulgare à une hauteur qui appelait l'envie chez les Turcs, les Grecs, les Valaques et les Serbes.

II faut rappeler aussi les conditions difficiles dans lesquelles l'instituteur macédonien était appelé à travailler pour l'instruction de son peuple. Pour­suivi par les autorités à chaque pas, il manquait de livres, de manuels scolaires, etc. pendant tout le temps du régime de Hamid; il n'avait même pas à sa dispo­sition les manuels d'enseignement indis­pensables (l'histoire, la géographie et l'histoire littéraire de son peuple); il ne pouvait lire aucun journal; des livres comme le manuel de pédagogie de Bassaritchek et la revue «Priroda» étaient même interdits. D'où puisait-il alors ses connaissances pour propager l'étincelle

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de l'instruction parmi son peuple? De nulle part. Il était un autodidacte; il créait lui-même ses méthodes et ses principes de pédagogie; il travaillait comme son intelligence innée le lui dic­tait. Travail difficile et périlleux même, si l'on tient compte des poursuites auxquelles il fut toujours en butte de la part des autorités turques et de la propa­gande des terroristes grecs et serbes.

Il est intéressant de citer quelques extraits de deux documents qui en di­sent long sur la façon dont le travail des instituteurs était apprécié par la plus haute autorité d'alors en matière d'ins­truction, l'Exarchat.

Nous lisons dans une lettre adressée par l'Exarchat sous No. 2499 du 4 mars 1908 au directeur des écoles de Prilep, en réponse à son rapport semestriel: «... En vous exprimant sa reconnaissan­ce de la part de l'Exarchat pour l'activi­té que vous et vos instituteurs avez dé­ployée pour l'organisation, la direction, les succès et la discipline des écoles qui vous sont confiées, la section estime que toutes les mesures exposées dans votre rapport sont fort bien conçues et seront d'une grande utilité pour les succès, la discipline et l'éducation des élèves. Ces mesures que vous envisagez sont une preuve que la direction des écoles et les instituteurs ont à cœur les intérêts de l'œuvre de l'instruction publique. L'Exar­chat vous en remercie, vous et les insti­tuteurs, et aime à croire que cette ar­deur sera toujours votre compagnon fi-

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dèle. L'idée du rapprochement de l'école et de la famille par l'organisation de re­présentations théâtrales et de divertis­sements scolaires est excellente, par des initiatives culturelles de ce genre, l'ins­tituteur donne lieu à des manifestations qui sont une fierté nationale. La décision du comité scolaire de fonder dans la ville un orphelinat semblable à celui de Bitolia fait honneur à MM. les institu­teurs des écoles qui vous sont confiées. L'Exarchat félicite chaleureusement le corps enseignant pour cette noble ini­tiative et cette philantropie exemplaire. La décision du comité scolaire d'ouvrir des cours du dimanche dans la ville est également plus que louable...»

On peut lire dans une autre lettre (No. 4248 du 3 mars 1912), également adres­sée par l'Exarchat à l'inspecteur des éco­les de la ville de Débâr, ce qui suit: «... En réponse à votre demande du 25 janvier a. c, il est porté à votre con­naissance que l'Exarchat a pris toutes les dispositions possibles pour ce qui est du bon fonctionnement des écoles et des églises dans le diocèse de Débâr... A la suite de cette réforme entreprise dans le but d'améliorer l'œuvre de l'instruc­tion et du culte dans le diocèse de Débâr, qui, comme vous l'affirmez, représente un vaste champ pour une activité cul­turelle utile, l'Exarchat, appréciant votre amour de la patrie, votre attachement au travail, votre énergie inlassable et votre grande expérience, espère, M. l'ins­pecteur, bien que vous ayez enduré des

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souffrances physiques et morales, que vous n'abandonnerez pas le poste qui vous a été confié à un moment où la né­cessité de personnes expérimentées se fait sentir, où il vous incombe de rester un excellent conseiller et collaborateur de la nouvelle personne chargée de l'œu­vre de l'instruction et du culte dans le diocèse et où les intérêts supérieurs de la nation rendent ici votre présence impé­rieuse».

Voilà donc quelle était l'opinion qu'a­vait la plus haute instance en matière d'instruction, l'Exarchat à la tête du­quel se trouvait l'Exarque, de tous les instituteurs macédoniens, de tous les di­recteurs d'école, inspecteurs scolaires, etc., car ceux-ci n'étaient pas des bu­reaucrates, mais des gens actifs, dévoués de tout leur cœur à l'œuvre de l'instruc­tion publique.

Si nous jetons un coup d'œil dans l'œuvre de l'instruction publique en Bul­garie, nous constaterons que nombreux sont les élèves et les étudiants macédo­niens qui se sont distingués. Quelques exemples suffiront. Au cours de l'année scolaire 1926/27 le premier étudiant qui termina avec un brillant succès l'Aca­démie de théologie de Sofia fut le diacre de Sofia Boris Atanassov, natif du vil­lage de Savek, région de Démir-Hissar. Au cours de l'année scolaire 1925/26 l'élève qui remporta le premier prix au 1-er gymnase de garçon de Sofia fut le fils, de l'inspecteur Venceslas Dimitrov, de Krivoretchna-Palanka.

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La poésie populaire

Dans la poésie populaire, surtout dans la poésie épique, c'est de nouveau le Bulgare de Macédoine qui occupe la pre­mière place parmi ses autres frères de race. La Macédoine est le berceau des chansons des younaks. Nulle part ail­leurs la chanson bulgare ne révèle tant de délicate fantaisie et de doux lyrisme.

L'OPINION DE SAVANTS BULGARES ET ETRANGERS SUR LES QUALITES INTELLECTUELLES ET MORALES DES MACEDONIENS

Témoignages de savants bulgares

1) Parmi nos savants, Atanase Chopov fut le premier à parcourir en 1893 la Ma­cédoine en qualité de rédacteur en chef du journal «Novini» (organe de l'Exar­chat). Il eut alors les paroles suivantes pour les Bulgares de Macédoine: «H me semble que je ne me tromperais pas si je disais que la renaissance bulgare a eu en général un caractère beaucoup plus original et marque dans les vilayéts ac­tuels (Macédoine) où ce mouvement a été beaucoup plus rapidement adopté que par le reste du peuple bulgare. H se trouvera des explorateurs qui me réfu­teront cette assertion hardie; il se trou­vera des écrivains qui réfuteront la vé­racité de ce que j'avance, mais j'ai com­me témoins tous les macédoniens qui furent les piliers de la renaissance bul-

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gare. Il faut rendre honneur là où il le faut et à qui de droit. C'est là la fierté et la gloire des Bulgares de Macédoine». (La vie et la situation des Bulgares dans les vilayéts. 1893).

2) Le professeur A. Téodorov-Balan affirme que le christianisme, les lettres, la renaissance, le nouveau livre bulgare, la première imprimerie bulgare viennent de la Macédoine pour se répandre en­suite vers le Nord, vers la Bulgarie.

3) Le professeur L. Milétitch dit que les Macédoniens sont la race bulgare la plus capable de civilisation. Les Macédo­niens ont le profond sentiment de leur conscience nationale. Ils ont beaucoup lutté et ont beaucoup souffert de diffé­rents dominateurs à cause de leur idée nationale bulgare. Ils ont donné et don­nent encore d'innombrables sacrifices et preuves de leur héroïsme extraordinaire et de leur idéalisme pour conserver leur conscience nationale. (La Macédoine en images).

4) Le professeur Dr Gavril I. Katzarov, dans son dernier ouvrage «Le Roi Philippe de Macédoine», 1922, affirme que les qualités qui distinguent les Bul­gares macédoniens d'aujourd'hui, le cou­rage, l'endurance, une énergie de fer, les vertus civiques, un sentiment national très développé et l'amour de la patrie, sont en partie un héritage des Macédo­niens de l'antiquité.

5) M. Dobri Hristov, un des meilleurs connaisseurs de la musique populaire bulgare, écrit: «Le recueil de chansons

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macédoniennes des frères Miladinovi, ce­lui de Pentcho Slavéikov («Le chant des chants»), et d'autres chants macédoniens, publiés ou non, notés par nos folklo-ristes, constituent une preuve évidente du génie poétique des Macédoniens. Dans le passé, puissant interprète de tous les idéals humains et foyer de talent créa­teur et d'esprit de lutte, aujourd'hui le Macédonien est toujours fidèle à lui-même: l'esprit de la liberté a trans­formé en flammes sa patrie martyre et attire l'attention du monde entier. L'étoile de la justice brillera bientôt en Macédoine et le règne de la liberté y triomphera, car un peuple vigoureux et fort de ses traditions dont la plus belle preuve sont ses créations maté­rielles et spirituelles, ne peut mourir». ' 6) Le professeur St. Mladénov dit: «La question de la participation des Bulgares de Macédoine à la naissance de l'œuvre de l'instruction publique et, en général, la question de la part des Macédoniens à notre renaissance et à nos luttes pour la libération politique et spirituelle, est extrêmement importante. On pourrait même dire que cette ques­tion est la principale question dans l'histoire de la civilisation bulgare de­puis le XVIII-e siècle, car les premiers rayons de l'éveil national bulgare et de la renaissance ne vinrent pas de la Bul­garie orientale, mais de la Macédoine, des terres bulgares de l'Ouest». («Razvigor» No. 107 du 3.III.1923).

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7) «Le Bulgare de Macédoine est fier de ce qu'il est supérieur au Bulgare en Bulgarie et au Serbe en Serbie, auquel il fait une forte concurrence dans le domaine économique et social» (le jour­nal «Mir» No. 7068).

8) Le Dr St. Danev, dans son discours prononcé au Sobranié le 10 mars 1927, parlant des rapports entre la Bulgarie et la Serbie, a dit des Macédoniens qu'ils «sont une race habile et douée et que seulement eux, grâce à leur habileté et leur souplesse rares pour une race slave, sauront servir de lien entre Bulgares et Serbes».

Témoignages serbes

1) Dans le livre intitulé «Novoosvobojeni krajeve» (Confins nouvellement li­bérés), édité par un groupe de profes­seurs serbes à l'occasion d'une enquête économique entreprise en Macédoine en 1914, les savants serbes reconnaissent que leurs frères (il faut comprendre les Bulgares) de la Serbie du Sud (c'est-à-dire la Macédoine), par la souplesse de leur esprit, par leur prévoyance, par leur esprit pratique, par leur impressionnabilité et par d'autres qualités spirituelles, sont supérieurs aux Serbes de la vieille Serbie.

2) Le journal belgradois «Novo Vidélo» écrivait au mois du février 1923, faisant un parallèle entre les habitants de la Choumadia et les Macédoniens: «Les Macédoniens aiment les sciences et le savoir, ils respectent le haut degré d'in-

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telligence, alors que l'on peut dire juste le contraire de la plupart des habitants de la Choumadia».

3) Le journal serbe «Vrémé», organe du parti radical, parle dans son numéro du 18 avril 1923 en termes suivants des Macédoniens : «Extrêmement cultivés, capables jusqu'à l'abnégation, moraux et honnêtes, ayant « la pureté d'un peuple primitif, etc.».

Témoignages croates

4) Dans une lettre écrite de Londres, Raditch écrivait ce qui suit des Macé­doniens: «Les Macédoniens ne sont pas seulement doués, respectables, instruits et travailleurs, mais... etc.».

5) Le journal «Zornitza» (Année V. No. 1369-11.11.1924) reproduit une interview avec feu St. Raditch où celui-ci raconte ce qui suit des Macédoniens; «Une per­sonne m'a dit: si vous voulez savoir ce qu'est l'apostolat de la civilisation et un fort sentiment national, allez en Macé­doine».

Témoignages tchèques

1) Le publiciste tchèque M. Vladimir Sis, dans son ouvrage «La Macédoine» écrit: «La Macédoine s'est réveillée au point de vue national et culturel bien avant la Bulgarie et devint ainsi le ber­ceau de la renaissance bulgare». A un autre endroit de ce même ouvrage, l'au­teur écrit: «Les Bulgares de Macédoine se distinguent par une extraordinaire

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perspicacité et exercent une grande in­fluence sur la vie politique, culturelle et économique de l'Etat bulgare».

2) Le journal tchèque «Nachinetz» du 3.VII.1927 écrit ce qui suit: «Si l’on tient compte du haut degré de culture et de l'endurance des Bulgares de Macédoine, qui, sous ce rapport, sont supérieurs même peut-être aux autres peuples bal­kaniques, si l'on tient compte égale­ment de leur ardent sentiment natio­nal, etc.».

Témoignages russes

1) Le slaviste russe A. M. Sélichtev, professeur à l'Université de Moscou, sou­ligne dans ses «Remarques sur la dialec­tologie macédonienne» que «la Macé­doine est le berceau de l'ancienne aussi bien que de la nouvelle littérature bul­gare, de la renaissance bulgare».

2) Le professeur russe N. G. Poproujenko écrit: «L'histoire, par des faits indiscutables, nous oblige à nous arrêter justement sur la Macédoine, lorsque nous voulons étudier les problèmes fondamen­taux de la conscience nationale du peu­ple bulgare. En Macédoine ont travaillé des pionniers de la culture qui ont posé les traditions pour la conservation de l'instruction bulgare en général et de l'esprit national en particulier». (Re­cueil «Ilindèn», Année I, p. 73).

3) Nous rappellerons les mots de Ma­xime Gorki au lendemain de la guerre balkanique: «Seuls les prophètes peu­vent dire si c'est la Bulgarie qui s'alliera

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la Macédoine, ou si cette dernière incor­porera la Bulgarie».

4) Le savant russe Némanov, plaidant la cause des Macédoniens à la réunion du 5 février 1924 de la Ligue pour la dé­fense des droits de l'homme et du ci­toyen, à Paris, a souligné que les Macé­doniens sont «un peuple héroïque et sympathiques.

5) «Les Macédoniens sont une race ardente, alerte, beaucoup plus énergique et vitale que les Bulgares sur lesquels ils ont toujours eu la supériorité» – écrit l'ancien ministre plénipotentiaire russe A. Savinski dans ses Mémoires (v. le «Slove», Année VI. No. 1635).

Témoignage roumain

Un journaliste roumain, M. Batzarea, natif de la ville de Krouchovo, en Macédoine, a déclaré au banquet offert par les organisations macédoniennes aux hôtes roumains le 19 décembre 1923: «La Macédoine a donné à ses fils, sans distinction de nationalité et de cuite, un esprit, un talent que l'on ne retrouve dans aucun de leurs co-nationaux dans les autres pays».

Témoignage belge

Le leader socialiste belge bien con­nu, Vanderwelde, écrit dans une lettre adressée au journal «Narod» (14.X.1924): «Il n'y a personne en Bulgarie, à quel parti qu'il appartienne, qui ne nourrisse une chaude et sincère sympathie envers.

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le peuple macédonien, ce peuple qui a tellement souffert et qui est peut-être le plus beau, le plus actif et le plus doué des Balkans».

Témoignages français

1) A. Rambaud, dans ses «Etudes sur l'histoire byzantine» écrit: «La Macé­doine était plus belliqueuse, le senti­ment bulgare plus fort et la haine en­vers les Grecs plus vive qu'en Bulgarie dont Preslav était la capitale».

2) M. Pierre Daye écrit dans «Le Soir» du 7.XI.1923 que «les Macédoniens sont les plus cultivés de toute la péninsule».

Témoignages italiens

1) Le savant et publiciste italien Vincento Cinto écrit dans le journal «Il Mondo» du 30.VI.1923 : «Les Macédo­niens se sentent plus Bulgares que les Bulgares».

2) M. Pierre Parini écrit dans le jour­nal milanais «Il Popolo d'Italia»: «Les Macédoniens sont sans contredît les ha­bitants les plus cultivés et civilisés de la péninsule des Balkans. Ils sont peut-être aussi les plus forts et les plus cou­rageux. Ils constituent comme on sait l'élément actif en Bulgarie qui est leur seconde patrie et où ils se sentent tou­jours comme frères, et non comme oppressés».

Témoignages allemands

1) Le journal allemand «Deutsche Allgemeine Zeitung» écrivait dans son

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numéro du 8 juillet 1923: «Pour moi et pour quiconque connaît le caractère du Bulgare de Macédoine, qui est le meil­leur Bulgare, téméraire jusqu'à l'abné­gation, courageux jusqu'à outrance, d'une endurance de fer dans la poursuite du but qu'il se propose, comme aucun autre peuple du monde, il était évident que le gouvernement bulgare devait capituler, comme capituleront l'es gouvernements serbes et grecs, malgré toutes les difficultés» (Une correspon­dance consacrée à la chute de Stamboliiski).

2) Le correspondant du «Reiclipost» (17.X.1924) écrit: «Le Macédonien est in­telligent et travailleur et il n'aime rien d'autre que sa terre et son foyer natal qu'il a défendu au prix de son sang».

3) Le «Wiener Allgemeine Zeitung» du 26.11.1928 écrit dans un article intitulé «La Macédoine et les réfugiés macédo­niens»: «En comparaison avec les autres peuples balkaniques, les Bulgares de Macédoine sont plus intelligents, grâce à quoi ils sont plus entreprenants dans la vie ordinaire et sont plus aptes à se civiliser».

Témoignages américains

1) Un Américain écrit sous les initia­les R. H. M. dans un article intitulé «Le problème macédonien d'aujourd'hui», pu­blié dans la revue américaine «The Chris­tian Register» (fascicule de février 1927) : «Les Bulgares de Macédoine sont une des races les plus fortes, enduran-

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tes, viriles et capables en Europe. Cette race a donné un grand nombre de mé­decins, de professeurs, d'ingénieurs, de journalistes et d'écrivains. Les Macédo­niens sont étonnement courageux et hardis. Ils sont fanatiques, opiniâtres et invincibles comme les Irlandais».

2) L' Américain Walter Collins écrit dans le «Chicago-Daily News» (9.1.1924) : «L'histoire des Macédoniens les a fait patriotes et opiniâtres. Plus cultivés que l'habitant moyen de la péninsule balka­nique, ils possèdent de belles qualités physiques et peuvent supporter beau­coup de privations».

3) R. H. Markham écrit: «Les Macé­doniens qui ont conservé 1000 années du­rant leur physionomie nationale sont un élément vital qui a le droit de vivre». («Nézavissima Makédonia» Année II. No. 80).

Témoignages anglais

1) Une Anglaise, Mme Marion Philipps (membre en vue du Labour Party) parle en termes suivants des Macédoniens: «Les Macédoniens sont l'élément le plus viril et le plus doué de la race bulgare».

2) James Bourchier, dans un de ses articles intitulé «Le sort de la Macé­doine» publié en 1919, écrit: «Les Bul­gares de Macédoine sont un peuple vi­ril, extrêmement travailleur et cultivé».

3) Un Anglais, M. H. H. Brailsfort, qui visita la Macédoine au lendemain même de l'insurrection et apprit ainsi à con­naître les souffrances des populations

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oppressées qui brisaient la chaîne de l'esclavage, dit: «Plus un homme ap­prend à connaître les Bulgares de Ma­cédoine, plus il respecte leur patriotisme et leur héroïsme».

4) L'ancien ministre anglais K. B. Thomson, dans son livre «Vainqueurs et vaincus» écrit que les Macédoniens ont un ardent sentiment national bulgare et sont des patriotes fanatiques et in­domptables». Dans l'«Observer» (21.X. 1923) le même parle en ces termes des Macédoniens: «Les Macédoniens ont pé­nétré dans toutes les classes et profes­sions en Bulgarie. Nombre de hauts fonctionnaires et ecclésiastiques sont des Macédoniens. Quelques-uns des hommes politiques les plus capables sont égale­ment des Bulgares de Macédoine. Ils pénètrent partout comme les Ecossais et la Macédoine sous bien des rapports res­semble à la sévère et ardente Calédonie. Les Bulgares de Macédoine sont plus Bulgares que les Bulgares du Royaume. De longues années durant, ils ont lutté contre l'oppression des Turcs, contre la propagande serbe et contre l'église grecque. Chaque famille a son héros et son martyr. Le Macédonien est sorti du feu de la lutte et des persécutions un nationaliste ardent, très religieux, plus cultivé que les Serbes ou les Bul­gares, indomptable et avide de liberté». 5) Un autre Anglais, Sir Edouard Boyle, écrit dans la revue londonienne «The Contemporary Review» (fascicule du mois de juin 1927) : «Les Bulgares de

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Macédoine ont toujours été plus Bul­gares que les Bulgares dans le Royaume» et «les Macédoniens sont un peuple cons­cient et qui a sa physionomie propre».

Les raisons de la formation des qualités spirituelles des Bulgares de Macédoine

1) La Macédoine est située au sud de la péninsule balkanique, plus au sud que la Bulgarie et la Thrace. Le climat y est plus tempéré et même en certains en­droits assez chauds. Les bonnes condi­tions climatériques n'ont pas seulement eu une influence favorable sur les cul­tures, mais également sur la population qui y habite. Le climat méridional forme des esprits créateurs. Le Macédonien est un méridional.

2) La situation géographique et topo­graphique de la Macédoine a fait qu'elle a été la voie du flux et du reflux des peuples de l'Orient vers l'Occident et vice-versa. Située entre deux mers qui furent le centre du commerce au moyen âge, la Macédoine fut depuis les temps les plus reculés traversée par des voies militaires et commerciales qui re­liaient la mer Adriatique à la mer Egée. D'une part la célèbre Via Ignatia reliait les centres commerciaux de l'Adriatique avec Salonique et Constantinople, d'au­tre part les rivières macédoniennes servaient au moyen âge de transport vers l'Europe centrale et occidentale. La Ma­cédoine fut ainsi fréquentée de tout temps par des commerçants étrangers. Au cours du X-e et XI-e siècles les

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Vénitiens y développèrent un com­merce florissant. Plus tard les autres Républiques italiennes s'y fraient des débouchés, telles que Pise, Gênes. Au XIII-e siècle Raguse et Doubrovnik acquièrent la suprématie dans le com­merce. Au XV-e siècle un grand nombre d'explorateurs miniers venant de la Hon­grie envahissent la Macédoine, etc. Les conditions dans lesquelles fut placée la Macédoine ont donc beaucoup contribué à son développement économique et ont été la garantie du progrès de sa popu­lation sous tous les rapports.

3) Le voisinage de Byzance a souvent donné lieu à de longues et interminables guerres. Des siècles entiers des luttes pour la suprématie sont menées entre Grecs et Bulgares. Dans l'un et dans l'autre cas, c'est à dire vainqueur ou vaincue, Byzance a exercé par son degré avancé de civilisation une grande in­fluence sur la Macédoine.

4) Les invasions fréquentes de diffé­rents peuples ont donné lieu à des croi­sements qui conduisent à une améliora­tion de la race.

5) Le Macédonien a en partie les qua­lités des Macédoniens de l'antiquité dont les chefs furent Philippe de Macédoine et son fils Alexandre le Grand. On re­trouve encore aujourd'hui le type an­thropologique des anciens Macédoniens chez les Macédoniens d'aujourd'hui.

6) Pendant la domination turque les Bulgares de Macédoine étaient heureux

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d'avoir jusqu'en 1767 leur propre arche­vêché d'Ochrid, témoin vivant de la na­tionalité bulgare. Il faut relever l'im­portance de l'influence du patriarcat serbe d'Ipek qui se trouvait dans le voi­sinage de la Macédoine. Les monastères de Zographe, Hilendar, St. Prohor Ptchinski, St. Yakim Ossogovski, St. Naoum d'Ochrid, St. Ioan de Bigor (ré­gion de Débâr), St Ioan de Sleptcha (ré­gion de Démir-Hissar), de Lessnovo (ré­gion de Tétovo), etc. où les lettres bul­gares avaient été conservées, exercèrent une influence directe et indirecte sur la fermeté de l'esprit des Bulgares de Ma­cédoine. Les grands monastères (celui de Zographe, de Hilendar, de St Ivan Rilski) avaient dans beaucoup de villages leurs prieurés où les représentants des monastères entretenaient des écoles dites cellulaires et tenaient en éveil le senti­ment national de la population. En outre la Macédoine se trouvait plus éloignée du centre du clergé fanariote grec, Constantinople, et par conséquent plus inaccessible aux intrigues du pa­triarcat grec.

7) La Macédoine est située plus près des Slaves qui faisaient partie de l'Au­triche. De cette façon elle put entrer en contact avec la civilisation de l'Europe occidentale. Les commerçants macédo­niens parcouraient très souvent l'Atriche et la Hongrie. Saffarik lui-même en a souvent rencontré à Novi-Sad, et Colar à Budapest et Vienne. Les idées procla-

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mées par la révolution française péné­trèrent plus facilement en Macédoine au XVIII-e siècle par Vienne, Prague, Buda­pest, Novi-Sad, Karlovetz, Zemlin, Bel­grade, Raguse et exercèrent leur influ­ence sur la population de la Macédoine en proie encore à une double domina­tion turque et grecque.

8) Une domination de plusieurs siècles pousse les populations qui y sont as­treintes à rechercher les moyens de se défendre et se libérer. Cette tension des esprits, cette tension des facultés men­tales, morales et physiques mène vers le progrès, vers un perfectionnement tou­jours plus grand.

9) Les grandes propriétés rurales qui existaient en grand nombre en Macé­doine permettaient une exploitation plus rationnelle, plus moderne et plus pro­ductive.

10) Enfin sous une domination étran­gère, alors que les autorités ne prennent aucune initiative pour améliorer le bien-être de la population, comme il en est le cas dans un Etat libre et souverain, le peuple est obligé de penser lui-même aux mesures nécessaires pour sa propre prospérité.

Cette nécessité conduit à un perfectionnement du métier, de la profession, de l'industrie, du commerce, de la pro­duction nationale, etc. Cette nécessité rend l'homme plus civilisé. Le besoin, il ne faut pas l'oublier, donne naissance au progrès.

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Une conclusion qui s'impose

Eh bien peut-on désirer qu'un tel peu­ple qui a donné tant d'hommes illustres dans le passé lointain et récent et qui a pu conserver son esprit national pen­dant les époques les plus sombres de la domination étrangère, un peuple dont les fils ont été prêts, à tout moment, à sacrifier leur vie pour le bien de leur patrie, peut-on, répétons-nous, souhaiter qu'un tel peuple périsse? Un pays tel que la Macédoine qui a rendu de si pré­cieux services à la culture bulgare et slave, un peuple qui a fait preuve de si belles vertus et de si forts talents sus­ceptibles de lui assurer une prospérité culturelle ne mérite-t-il pas plus de res­pect et un sort meilleur?

Mais non, un pays qui a donné des fils tels que saints Cyrille et Méthode, saint Clément, saint Naoum, le Père Païssy, les frères Miladinov, Gotsé Deltchev, Damé Grouev, Péré Tochev, Todor Alexandrov, des jeunes filles courageuses comme Mara Bounéva, ne disparaîtra jamais. La Macédoine est vivante et elle fera sonner l'heure de son affranchisse­ment, s'allumer le soleil de sa liberté.

Alors les Bulgares de Macédoine pour­ront développer toute la mesure de leurs talents reprendre leur rôle culturel et continuer d'apporter leur tribut au trésor de la culture bulgare et générale.

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Table des matières

Avant-propos……p. 2

I. Le rôle des Macédoniens dans la civilisation et l'histoire de la Bulgarie ancienne……p. 3

II. Le rôle des Macédoniens dans la renaissance de la nation bulgare……p. 18

III. Les Macédoniens dans la vie de la Bulgarie contemporaine……p. 22

IV. Les Macédoniens pour la liber­té de leur pays.......p. 32

V. Les Macédoniens et leur cul­ture actuelle........p. 35

VI. L'opinion des savants étran­gers et bulgares sur les quali­tés spirituelles et morales des Macédoniens........p. 48

Une conclusion qui s'impose……p. 63