Le Congrès de Berlin



HISTOIRE GENERALE


LAVIS, ERNEST (1842—1922) et RAMBAUD, ALFRED (1842 — 1905).

Historiens français de l'école libérale bourgeoise. Après 1880 tous les deux sont professeurs à la Sorbonne, le premier — d'Histoire du Moyen Age et le second — d'Histoire des temps modernes.
E. Lavis et A. Rambaud acquirent une renommée mondiale, surtout par l'édition, organisée par eux de 1893 à 1901, de l'énorme ouvrage que constitue l'„Histoire Générale du IVe siècle à nos jours", paru en 12 volumes» et traduit dans les principales langues.
Le présent extrait est emprunté au tome 12 de l'édition mentionnée: Le monde contemporain (1870—1900); le chapitre „La politique européenne jusqu'au traité de Berlin (1871 — 1878)". Ce chapitre est écrit par A. Malet, historien français de mérite, auteur d'un ouvrage remarquable, la «Nouvelle histoire universelle depuis l'antiquité à nos jours", t. I—IV, Paris, 1924.
L'extrait dont il s'agit, révèle bien la politique cupide des grandes puissances capitalistes qui, poursuivant leur buts antirusses au Congrès de Berlin, ont sacrifié les intérêts nationaux de la Bulgarie.



"..LE CONGRÈS DE BERLIN (JUIN-JUILLET 1878)
Le congrès s'ouvrit à Berlin le 13 juin 1878. Ses séances durèrent exactement un mois: l'acte final fut signé le 13 juillet. La présidence avait été déférée à Bismarck. Les représentants du tsar, Gortchakof et Schouva-lof, eurent l'amère surprise de ne plus trouver chez lui les bonnes dispositions qu'ils lui supposaient à l'égard de la Russie: rien qu'une froide et rigide impartialité, et jamais aucun appui, si ce n'est dans les questions qui intéressaient la Turquie seule, comme la question de l'indemnité de guérie. Les Turcs se déclaraient hors d'état de payer et de prendre aucun engagement financier; l'Angleterre les soutenait. Bismarck coupa court à la discussion: ?La Turquie n'a pas d'engagement à prendre, dit-il; l'engagement a été pris à San Stéfano." Mais il ne soutint pas Gortchakof, même lorsqu'à la fin des séances celui-ci demanda très sagement que le congrès déterminât les mesures à prendre pour assurer le cas échéant l'exécution de ses décisions. La proposition fut repoussée. On devait voir bientôt quelle faute avait été commise lorsqu'il s'agit de régler la question monténégrine et grecque. Tandis que les ministres anglais Disraeli et Salisbury se montraient âpres et agressifs envers la Russie, les plénipotentiaires russes firent presque constamment preuve de modération et d'un esprit conciliant. Sur un seul point on les trouva intransigeants: quand les délégués de la Roumanie, appuyés par les Anglais, vinrent protester contre la rétrocession de la Bessarabie, Gortchakof déclara que „la Russie ne saurait reculer devant cette question". En revanche, à la surprise générale, il se rallia à la motion des Anglais lorsque ceux-ci proposèrent l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine par l'Autriche-Hongrie.


STIPULATIONS DU TRAITÉ DE BERLIN
Les principales dispositions du traité de Berlin furent les suivantes:
La Grande Bulgarie du traité de San Stéfano fut partagée en trois tronçons. La partie macédonienne retomba simplement sous la tyrannie turque. Au sud des Balkans on constitua une Roumélie Orientale, province autonome, relevant du sultan, mais administrée par un gouverneur chrétien nommé par la Porte avec l'assentiment des puissances. Au nord des Balkans, la Bulgarie proprement dite formait une principauté vassale et tributaire du Sultan, dont le prince, élu par les Bulgares, ne pourrait appartenir à aucune des familles régnantes.
La Bosnie et l'Herzégovine demeurent partie intégrante de l'empire turc. Mais elles sont occupées et administrées par l'Autriche-Hongrie, qui peut en outre établir garnisons et créer des routes stratégiques et commerciales dans le sandjak de Novi-Bazar. Cette dernière clause a uniquement pour objet de couper toute communication entre les deux États serbes, entre Belgrade et Cettigné. Le Monténégro, la Serbie, la Roumanie étaient reconnues indépendantes, sont la réserve que l'égalité religieuse, civile et politique y serait établie. Le Monténégro recevait Antivari et son littoral: sa superficie était doublée ; mais la police du port et des côtes appartenait à l'Autriche, et le Monténégro ne pouvait construire ni route ni chemin de fer à travers son nouveau territoire sans s'être préalablement entendu avec l'Autriche.
La Serbie recevait le district de Nisch et Pirot. — La Roumanie rétrocédait à la Russie la Bessarabie et la rive gauche du Delta du Danube. A titre de compensation et d'agrandissement, elle recevait les îles du Delta, antérieurement attribuées à la Russie, et la Dobroutcha.
Quant à la Russie, elle rentrait en possession de la Bessarabie ; mais ses acquisitions en Asie se réduisaient à Kars, Ardahan, Batoum, ce dernier port devant être déclaré port franc et uniquement consacré au commerce.
La Grèce, en faveur de laquelle étaient intervenus les plénipotentiaires français, russes et anglais, eut la promesse d'une rectification de frontières en Thessalie et en Epire. Mais on lui laissait le soin de négocier directement avec la Porte, les puissances se bornant à promettre leur médiation pour faciliter l'entente. En ce qui concernait la Crète et les provinces chrétiennes, le sultan renouvelait les engagements pris à San Stéfano. La liberté religieu­se, l'égalité civile et politique étaient de nouveau promises à ses sujets par le sultan. Rien n'était modifié en ce qui concernait la question des Détroits dont le passage était toujours interdit aux vaisseaux de guerre. Le Danube' était neutralisé, et la Commission européenne était maintenue. Enfin un ar­ticle réservait expressément les droits acquis à la France et stipulait le maintien du statu quo aux Lieux Saints.
Telles étaient les dispositions principales du traité de Berlin: il en est peu dans l'histoire d'aussi étranges, d'aussi iniques. Deux puissances qui n'avaient pris ancune part à la guerre, et dont l'une, l'Angleterre, l'avait rendue inévitable par ses encouragements aux Turcs, en tiraient le plus clair bénéfice. L'Angleterre occupait Chypre et s'assurait ainsi un nouveau poste dans la Méditerranée; l'Autriche-Hongrie gagnait la Bosnie et l'Herzé­govine. Par là l'équilibre dans les Balkans s'est trouvé bouleversé. L'Au­triche y domine à l'ouest, comme il semblait que la Russie dût dominer à l'est avec la Bulgarie. Mais l'Autriche était désormais plus près de la Médi­terranée, même de Constantinople, que la Russie. Le peuple serbe, qui avait espéré se reconstituer en un seul corps de nation, se trouvait, contre son vœu légitime et sa volonté nettement exprimée en juillet 1876, divisé en trois groupes, entre lesquels l'Autriche se chargeait d'empêcher les commu­nications. On était allé de même contre la volonté d'un peuple en partageant la Bulgarie en trois tronçons. En replaçant la Macédoine sous la domination du sultan, l'Europe, poussée par l'Angleterre et l'Autriche, a commis un crime de lèse-humanité. A San Stéfano la Russie s'était préoccupée d'assurer l'émancipation de tous les chrétiens; à Berlin, on n'a pris souci ni de la justice, ni de la volonté des peuples, ni même du bon sens et de l'intérêt général. L'Acte final est un monument d'égoïsme, une œuvre de jalousies, de rancunes personnelles, immorale et misérable, parce que, loin d'assurer la paix, il a préparé de nombreux sujets de conflit et de guerres pour l'avenir. Question bulgare, question de Macédoine, question de Bosnie et d'Herzégovine, Alsace-Lorraine balkanique, voilà le bilan de la diplomatie européenne au congrès de Berlin.
Le traité de Berlin a eu son contre-coup dans la politique générale. La Russie, dupe de l'Allemagne,a songé dès lors à trouver ailleurs un appui: les déceptions de 1878 ont préparé le rapprochement franco-russe. Par contre, l'Autriche, grassement payée, encouragée dans sa «marche vers l'Est", devait se lier plus étroitement à l'Allemagne, et de la geurre d'Orient devait sortir l'alliance des deux empires..."

2 commentaires:

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